Blocage de Solvay, les syndicats font le boulot!
Ce lundi 27 mars, j'ai accompagné des syndicalistes sur Dole, pour bloquer la sortie et l'entrée de l'usine Solvay. Premier employeur du bassin, le site est stratégique et permet de toucher rapidement quelques centaines de salariéEs et de sensibiliser la population.
Le blocage de Solvay est une action connue. La semaine dernière, déjà,
les camions ont été bloqués 4jours, avant que le barrage ne soit levé et
que les chauffeurs puissent passer le we en famille.
Ce matin,
dès 6h du matin et par un vent glacial, une trentaine de personnes était
déjà à pied d’œuvre. En tant qu'élue, j'avais conclu un contrat avec
les syndicalistes que j'accompagnais: je viens pour observer. En ces
temps de violences policières, j'avais à cœur de participer aux
blocages, de montrer mes soutien mais également d'être en capacité de
témoigner si des dérives étaient faites.
Il n'en a rien été. Dès
6h10 et le premier camion arrêté, une voiture de gendarmerie s'est
arrêtée et deux gendarmes sont venus nous parler. "Bonjour, vous
bloquez Solvay, c'est ça? Vous prévoyez de rester combien de temps? Vous
ne voulez pas me répondre? Bon, vous savez, moi, ce sur quoi je suis
pointilleux, c'est que ne soyez pas sur la chaussée. On ne sait jamais,
il peut toujours y avoir quelqu'un qui arrive vite et.... Bon, vous ne
bloquez pas les voitures, hein? D'accord! Je vais faire quelques petites
photos, maintenant, ne soyez pas étonnéEs, hein?"
La
voiture est restée, une seconde est arrivée deux heures plus tard pour
prendre tranquillement le relais, avant de repartir avant midi soit 4
gendarmes en tout.
Qu'on se le dise, l'ambiance était bon enfant.
Une cinquantaine de personnes s'est succédée sur le rond point, pendant
toute la matinée. Un feu tout à fait bienvenu a été allumé, un barnum
tendu contre la pluie (finalement inexistante) mais pas contre le vent
(assez terrible). Les gendarmes sympathiques et observateurs, les
routiers venant partager un café et se réchauffer devant le feu, les
syndicalistes échangeant leur meilleur adresse pour soigner dos et
migraines, seul le froid a été difficile.
Ça discute de la grève
du lendemain, des actions à venir, de la mobilisation des étudiantES,
des lycéenNEs qui ont fini le bac, .... Des blagues fusent, tout le
monde se charrie, se retrouve, partage le morceau de cake ou vante la
qualité de la saucisse (oui, il y a un second degré).
Que retenir de cette matinée:
-
non, les grévistes et les personnes qui bloquent ne font pas ça parce
qu'ils ou elles sont fainéantEs. Il faut tenir 6h debout dans le froid,
en attendant la relève. Et l'humour reste le meilleur outil de lutte!
-
oui, les syndicalistes sont des personnes dédiées à l'intérêt général,
dépassant leur propre condition de salariéE, d'ouvrierE pour participer à
des actions peut-être symboliques, mais fortes de solidarité. Pour
bloquer une usine, il y avait ce matin des instits, des chômeurSEs, des
postierEs, des cheminotEs et des technicienNEs de surface. Sans compter
les voitures qui ont klaxonné, la passante qui est venue déposer 10€
dans la caisse de grève ou l'ancien qui a déchargé 5 palettes pour que
nous puissions nous chauffer;
- oui, les routiers sont des gens
adorables et sympathiques, qui apprécient que d'autres fassent grève et
permettent de mettre en avant leurs conditions de vie difficiles. Ils
avaient été bloqués la semaine dernière, ils sont revenus ce matin avec
le sourire partager notre café. En partant à midi, c'est une soixantaine
de camions qui étaient ainsi garés de part et d'autre du blocage;
-
oui, les forces de l'ordre peuvent jouer leur rôle de "gardiens de la
paix", quand ils et elles ne sont pas en surnombre, discutent avec les
intéressé.e.s, laissent s'exprimer sereinement le droit au
mécontentement social. Cette gestion intelligente et pacifiste permet de
ne pas entraîner les escalades de violences, et les gendarmes de Dole
l'ont bien en tête.
La lutte continue, à Dole, comme dans le Jura, comme partout en France.