Une décision administrative aux conséquences désastreuses
Ils avaient quitté le Nigéria avec l’espoir simple de trouver un refuge, une stabilité, une possibilité de reconstruire une vie familiale loin des menaces qui pesaient sur eux. Aujourd’hui installée à Dole, la famille Oladuti voit son avenir en France suspendu à une décision administrative dont les conséquences, elles, sont déjà bien réelles.
La mère et ses trois enfants — Ayomide, Michael et Deborah — devront quitter le CADA (Centre d’accueil des demandeurs d’asile) à la fin du mois de juin. Sans solution de relogement, sans ressources et avec la menace permanente d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français), la famille risque de basculer brutalement dans une précarité totale et sans doute une expulsion.
Au-delà des termes administratifs, c’est surtout une vie en construction qui menace de s’effondrer.
Un avenir pourtant prometteur
Arrivée en France en 2024 avec sa mère, son frère Michael et sa sœur Deborah, Ayomide ne parlait pas un mot de français. Moins de deux ans plus tard, la jeune Nigériane est aujourd’hui scolarisée en Première générale au lycée Jacques-Duhamel de Dole. Son frère Michael poursuit, lui aussi, une scolarité en Seconde générale. Tous deux ont obtenu le DELF B1, diplôme attestant d’une maîtrise solide de la langue française dans la vie quotidienne et scolaire — une réussite qui témoigne d’un investissement exceptionnel et d’une volonté d’intégration rarement contestable.
Deborah, la plus jeune, poursuit également sa scolarité dans des conditions stables. Pour ces trois enfants, la perspective d’une expulsion ou d’une mise à la rue ne signifie pas seulement la perte d’un logement. Elle signifie une rupture éducative, psychologique et sociale profonde : déscolarisation, disparition des repères construits depuis leur arrivée, interruption brutale de trajectoires déjà engagées.
Car rien, dans le quotidien de cette famille, ne renvoie à une situation de marginalité ou de rupture avec la société française. Bien au contraire.
Au lycée Duhamel, Ayomide s’est imposée comme une élève appréciée de ses enseignants et admirée pour son parcours. Mais beaucoup la connaissent également pour une autre raison : sa voix.
Lors des événements artistiques du lycée, notamment les journées portes ouvertes ou le Duhamel Show, la jeune fille a marqué élèves, enseignants et familles par son talent de chanteuse et sa sensibilité. Cette année, elle a intégré le conservatoire de Dole, où ses capacités artistiques ont déjà été remarquées. Un parcours culturel qui participe aussi à son enracinement local et à son rayonnement bien au-delà du cadre scolaire.
Une mobilisation citoyenne
C’est précisément cette réalité humaine qui nourrit aujourd’hui la mobilisation autour de la famille Oladuti.
Habitants, enseignants, élèves, parents et soutiens locaux refusent de voir cette situation réduite à une simple procédure administrative. Une pétition vient d’être lancée tandis que des initiatives de solidarité se multiplient pour empêcher que cette famille se retrouve à la rue dans l’indifférence générale.
Au fond, cette mobilisation dépasse largement le seul cas de la famille Oladuti. Elle pose une question plus large, devenue de plus en plus sensible dans de nombreuses villes françaises : que vaut réellement l’intégration lorsqu’elle ne protège plus ? Que reste-t-il des discours sur l’école, l’effort, la culture et la réussite lorsqu’une famille, malgré tout cela, peut encore être expulsée du jour au lendemain ?
Dans cette affaire, l’administration voit un dossier arrivé au terme d’une procédure. Ceux qui soutiennent la famille, eux, voient des enfants scolarisés, une jeune artiste prometteuse, une mère tentant de maintenir ses enfants debout, et une vie déjà profondément enracinée ici.
Aujourd’hui, l’avenir des Oladuti tient dans une décision qui les dépasse entièrement. Et pour beaucoup à Dole, cette perspective est devenue humainement inacceptable.