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"Retrouver le vrai goût des produits du terroir" : une éleveuse jurassienne fait le pari du cochon fermier

"Retrouver le vrai goût des produits du terroir" : une éleveuse jurassienne fait le pari du cochon fermier

Camille Uters, éleveuse porcine à Moirans-en-Montagne


* Note au lecteur : cet article traite de l'élevage porcin pour la consommation humaine.
 
Sur les marchés de Moirans-en-Montagne, de Lons-le-Saunier ou encore de Ruffey-sur-Seille, Camille Uters vend une viande qu’elle connaît depuis le premier jour. Derrière ses colis de porc fermier, il y a un élevage à taille humaine, des journées rythmées par les soins aux animaux, les allers-retours à l’abattoir et les marchés locaux. Installée depuis juillet 2025, cette jeune éleveuse jurassienne défend une agriculture simple, locale et sans gaspillage, à contre-courant des logiques industrielles.
 
Un parcours guidé par les animaux
 
« J’ai toujours été plus proche des animaux que des gens dans mon enfance. C’est donc tout naturellement qu’en grandissant, je me suis tournée vers les métiers liés aux animaux. J’ai toujours été intéressée par l’élevage. 
Après un bref passage dans le monde du cheval, je me suis orientée vers l’élevage bovin laitier. J’ai passé mes diplômes puis je suis devenue salariée agricole. 
Comme j’aime être autonome et m’investir à 100 % dans mon travail, l’envie de m’installer à mon compte est arrivée très tôt. J’ai donc cherché une activité qui me permettrait de travailler seule sur une ferme. » 
En parallèle, Camille commence à développer une petite ferme chez elle. 
« J’avais des lapins, des volailles et deux cochons, des truies de race Gasconne. À la fin de l’engraissement, j’ai fait les démarches pour pouvoir les emmener à l’abattoir de Champagnole : une en découpe simple et l’autre en colis barbecue. Quand j’ai reçu les paquets, sous vide et bien étiquetés, ça a été une évidence pour moi de me lancer là-dedans. » 
Pourquoi avoir choisi le cochon ? Là encore, la réponse est très concrète. 
« Le cochon valorise des déchets de l’alimentation humaine. Ensuite, nous mangeons le cochon et, en plus, rien ne se perd : tout se mange. C’est un cycle zéro gaspi, zéro déchet, qui me parle beaucoup. 
C’est aussi un animal très gentil et sociable. C’est agréable de travailler avec eux. » 
Après un an de réflexion, l’éleveuse se lance officiellement en juillet 2025. 
« J’ai commencé avec deux truies gestantes et deux lots de cochons fermiers. Aujourd’hui, j’ai quatre truies reproductrices, un verrat ainsi que tous les jeunes à l’engraissement qui en découlent. 
J’ai commencé la vente sur les marchés seulement la première semaine d’octobre 2025. » 
Pour la transformation de la viande, Camille travaille avec des professionnels locaux. 
« La transformation se fait en prestation de service avec des bouchers. Actuellement, c’est la boucherie Les 
Saveurs du Mont Noir qui transforme la viande pour moi. »
 

Un élevage à taille humaine
 
Le rythme de l’exploitation est soutenu et organisé autour des naissances, de l’élevage et de la vente directe. 
« J’ai deux portées par an et par truie. Les truies sont mises à la saillie au même moment afin d’avoir des naissances et des sevrages groupés. Les petits sont sevrés vers six ou sept semaines puis élevés pendant quinze à vingt mois. » 
Au fil des semaines, le travail s’organise entre élevage, transformation et marchés. 
« Une semaine sur deux, je vais à l’abattoir et la semaine suivante, je récupère la viande. Je fais le marché hebdomadaire de Moirans-en-Montagne tous les vendredis matin, ainsi qu’une semaine sur deux le mercredi après-midi à Lons-le-Saunier et le samedi matin à Ruffey-sur-Seille. 
Le rythme peut parfois être perturbé selon les disponibilités. » 
L’activité s’est rapidement développée. 
« Au démarrage, je faisais transformer deux cochons par mois. Depuis le mois de mai, je suis passée à quatre cochons par mois. Je ne peux pas fournir davantage pour le moment et il y a déjà eu quelques ruptures de stock. » 
L’alimentation des animaux reflète aussi cette logique locale et de récupération.
« Les cochons sont nourris une fois par jour avec des céréales ainsi qu’avec du petit lait provenant de la Fruitière 1900 à Thoiria. Le quotidien est rythmé entre les marchés, les allers-retours à l’abattoir et les passages chez le boucher. »
 

"Retrouver le vrai goût des produits du terroir"

Installée depuis peu, Camille préfère rester prudente sur l’évolution des habitudes de consommation. Mais l’accueil des clients semble confirmer un intérêt croissant pour une production locale, identifiable et transparente. 
« Je suis installée depuis trop peu de temps pour pouvoir affirmer quoi que ce soit sur l’évolution de la demande des consommateurs. Mais je suis ravie que ce que je propose plaise à mes clients. 
Je veux retrouver le vrai goût du terroir d’autrefois. Avant, chacun avait un peu d’élevage et mangeait sa propre production. Il y avait aussi beaucoup d’échanges. On allait à l’essentiel, loin des stratégies marketing d’aujourd’hui.
On avait beaucoup de respect pour l’animal, parce que c’est grâce à lui qu’on vivait. On savait où était l’essentiel. » 
Aujourd’hui, c’est cette vision qu’elle souhaite transmettre à travers son travail. 
« Ce sont ces valeurs-là qui m’animent et que je veux transmettre. Et je suis ravie de constater que les clients adhèrent à cela. »

Marchés:
🐖 Tous les vendredis matin à Moirans en Montagne 
🐖 Le mercredi après midi 10/6 à Lons le saunier 
🐖 Le samedi matin 13/6 à Ruffey sur Seille 


Laplagne Alain

Militant associatif et politique

Rédacteur Trente-neuf degrés

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