Culture / Brainans & Jura

MOULIN DE BRAINANS : LA CULTURE A LA CAMPAGNE. #4

Dans le quatrième article de notre série consacrée au Moulin De Brainans, Trente Neuf Degrés a souhaité prendre de la hauteur en questionnant Flavie, anthropologue, sur le concept de démocratisation de la culture et d'éducation populaire. Deux thématiques fortes et importantes lorsqu'il s'agit de construire de nouvelles structures culturelles.

Le moulin de Brainans- quatrième épisode

Trente neuf degrés: Quels sont, de ton point de vue d’anthropologue, les éléments à prendre en compte lors de la création de structures culturelles qui se veulent en étroite relation avec les habitants et les acteurs locaux ? Quels sont les pièges institutionnels à éviter ?

Flavie: la première chose à éviter est de créer une coquille vide. Énormément d'argent peut être investi dans la construction d'un nouveau bâtiment ou la création d'une structure. Pourtant, ils ne sont absolument pas pensés pour un fonctionnement basique. La culture est un outil qui emploie et dans laquelle il y a un nombre de personnes compétentes pour faire de la communication, de la diffusion, de la programmation, de la technique, de la réflexion etc.

Ainsi, lorsqu’il y a une volonté politique, il faut éviter que la culture soit la vitrine du pouvoir des élus locaux.

Par exemple, quand un président s'en va, il fait une pyramide du Louvre ou un musée du quai Branly, cela constitue une belle vitrine culturelle. Mais quand elle n'est pas réfléchie pour les actions qu'elle doit vraiment porter sur un territoire, on arrive vite à des aberrations.

Trente neuf degrés: la culture n'est-elle pas complètement professionnalisée et spécifiée alors qu'elle devrait être ce que les gens font en termes d'expérience sociale et de réflexion commune ?

Flavie: Effectivement c'est un deuxième point de vigilance qui pose un problème structurel : nous sommes des personnes qui - il me semble - pensons pour les autres : on va concevoir telle programmation culturelle, on va créer telle exposition, présenter tel spectacle etc. Le but de ces initiatives est d’amener à la réflexion, tout en guidant quand même le public. En cela, nous tombons dans le piège de la culture institutionnalisée. Je pense qu'il faut réussir à « retourner la chaussette ». Je veux dire par là que la vérité doit être repensée. C’est autre chose que "démocratiser" la culture comme on dit. Aujourd’hui, ce sont les experts qui définissent ce qu'est la culture et ce qu'elle n'est pas.

En somme, leur objectif est avant tout rendre la culture à tout le monde, la distribuer à tout le monde.

Non ! La culture appartient aux gens à la base. C'est à nous, professionnels de la culture, de donner l'opportunité aux interactions sociales du quotidien, hors cadre institutionnel, de créer des objets culturels.

Des moyens doivent être mobilisés afin d'accompagner tous les élans sociaux à la base, les élans relationnels, les élans collectifs, les élans de commun.

Certes, c’est utopiste, personne ne me suivra car cela demande d'opérer un retournement épistémologique énorme. Cela constitue une grande question depuis qu'on parle de démocratie culturelle. Finalement, je dirai que l'institution est un piège en elle-même.

Les liens vers les articles précédents:

MOULIN DE BRAINANS : UN RASSEMBLEMENT ET DES REVENDICATIONS. # 1 | Trente Neuf Degrés

MOULIN DE BRAINANS: LE BILLET D’HUMEUR DE SAMY BROYEUR #2 | Trente Neuf Degrés

MOULIN DE BRAINANS-SCENE DE MUSIQUES ACTUELLES: LES ORIGINES #3 | Trente Neuf Degrés