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JOURNEE ANTIRACISTE ET ANTIFASCISTE - 22 MARS 2025

Selon les organisateur·ice·s, plus de 300000 manifestant·e·s en France, réparti·e·s dans plus de 200 villes, ont défilé contre le racisme et l’extrême-droite, à l’appel unitaire de nombreuses organisations. Dans le Jura, près de 500 jurassien·ne·s se sont mobilisé·e·s en cette journée contre le racisme et l' antisémitisme.

Rassemblement à Dole, devant la préfecture

Dans le Jura, près de 500 jurassien·ne·s se sont mobilisé·e·s en cette journée contre le racisme et l’antisémitisme.

A Dole et St-Claude, les rassemblements ont eu lieu le matin où syndicats, associations et partis politiques ont exprimé leur volonté de combattre la haine.

A Lons-le-Saunier, les militant·e·s étaient présent·e·s sur la place de la Liberté dès 10h. Au programme, stands, prises de parole et musique pendant toute la journée. Une formule qui a permis d’engager de nombreux débats entre tous.tes, et d’évaluer la nécessité de travailler collectivement à contrer l’extrême-droitisation du discours ambiant, appuyé par des médias complaisants.

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A Lons le Saunier, place de la Liberté

Voici une revue des prises de parole et des propos échangés au cours de la journée.

  • Collectif Palestine au féminin.

Agnès lit un texte du collectif Palestine au féminin dénonçant les horreurs de Gaza et la politique destructrice du gouvernement Netanyahou.

Puis elle ajoute son sentiment personnel: "A chaque fois je suis horrifiée de ce qui se passe à Gaza. Je ne comprends absolument pas pourquoi Netanyahou et son gouvernement continuent à pouvoir faire de tels massacres. On est impuissants. Tous les matins quand je me lève, je me dis c'est pas possible. J'essaie de réunir des femmes autour de moi, le collectif Palestine au féminin, on s'écrit, on se soutient. C'est abominable ce qui se passe. Jamais je ne renoncerai, je trouve ce peuple vaillant, courageux."

  • Un militant de gauche radicale s'est exprimé:

La montée de l'extrême droite, ce n'est pas que dans le Jura mais partout en France et dans le monde.

Pour lui, les manifestations du type de celle de Lons ne sont pas la solution ; il préconise plutôt les rassemblements de masse.

Il ajoute que les porteurs des idées de l’extrême-droite ont des portes ouvertes dans les médias dominants pour diffuser leurs mensonges.

  • Amnesty International Lons-le-Saunier.

C'est absolument indispensable qu'on soit là en tant qu'ONG qui défend les droits humains. Le racisme est toujours malheureusement d'actualité. On le voit à travers le rejet des migrants, les réfugiés notamment. A propos des migrants, vous savez que la situation se durcit en France. Politiquement parlant, on n'est plus du tout favorables à l'arrivée de migrants. On fait tout pour les rejeter et les expulser même s'ils sont là depuis de nombreuses années avec un travail, une famille, etc...

On voit beaucoup d'exemples tous les jours dans l'actualité.

Il est plus que jamais indispensable de lutter contre cette idée qui est contre tout ce que dit la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. On est en droit de circuler librement d'un pays à un autre. Or, on voit toutes ces personnes dans des pays en guerre ou très fragiles économiquement qui n'ont pas de possibilités d'être accueillies ailleurs, de trouver un meilleur avenir. Et donc c'est humainement inacceptable. Il faut absolument lutter tous contre ces idées anti liberté, anti humaines. Vous avez entendu parler notamment de ces mineurs isolés dont on fait la chasse, par exemple du côté de la frontière italienne, de Briançon où des groupuscules d'extrême droite empêchent les gens de passer la frontière et tabassent les maraudeurs. C'est inacceptable. Il y avait des structures pour accueillir ces mineurs. Il y en a de moins en moins dans les communes. On est dans une vraie régression de l'accueil de migrants et il faut absolument que les gens en soient conscients et réagissent par rapport à cela. On a des migrants qui ne demandent qu'à s'intégrer, s'installer, travailler. »

  • SARA (Solidarité Avec les Réfugiés d'Arbois)

On défend les droits des migrants. L'association Arboisienne a une douzaine d'années. Son but est d'accueillir les migrants sur Arbois dans la dignité. On travaille en lien avec le CADA (Centre d'accueil des Demandeurs d'Asile). On a environ 30 personnes qui sont logées par le CADA sur Arbois en attendant de présenter leur demande d'asile auprès de l'OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides).

SARA c'est des rencontres avec des réfugiés arboisiens. On organise des sorties, des balades, des activités sportives tous les dimanches après-midi. Ça ne peut paraître rien, mais c'est une ouverture, c'est primordial de pouvoir sortir, rencontrer, faire du foot. On aide pour tout ce qui est administratif ou médical. On soutient et accompagne les personnes déboutées et celles qui ont de bonnes nouvelles. On facilite l'ouverture au travail.

Il faut être très vigilant face à la pieuvre qui se met en place en France et ses tentacules partout qui commencent à nous serrer vraiment à la gorge. C'est le droit international, la convention de Genève qui ne sont pas respectés.

Avec tous ces discours, on a envie de se mettre en colère, de pleurer, en se disant que ce n’est pas possible qu'en France on soit comme ça, ce n'est pas possible qu'en Union Européenne on dépense des millions d'euros pour dresser des barrières. Sans oublier que dans les accords de Dublin on doit demander sa demande d'asile dans le pays où on arrive sauf que les migrants passent par plusieurs pays pour arriver à leur destination.

Les fachos se sont eux qui sont dangereux, ce ne sont pas les migrants.

  • Zak, migrant.

J'ai été obligé de quitter mon pays non par plaisir mais parce qu'il s'est passé quelque chose dans mon pays.

Peut-être parce qu'avec tout ce qu'on arrive à subir et tout ce qu'on arrive à voir, on se disait qu'en quittant notre pays, on pourrait avoir une vie meilleure, on pourrait continuer nos études. J'ai fait mes études, peut-être pas comme ici et j'ai eu mon diplôme en architecture. Et là je me retrouve un peu perdu dans mon avenir. Avec tout ce qui se passe dans l'actualité, on se demande si notre avenir va être meilleur, s'il fallait vraiment quitter notre pays. Mais on était obligés de le faire pour aspirer à une vie meilleure. Mais vous ici ne le ressentez pas parce que vous êtes natifs, mais nous on subit du racisme au faciès. C'est une peine pour nous qui cherchons chaque jour à nous intégrer. Mais malgré nos efforts, on nous sort des contradictions, des choses qui nous découragent sur notre parcours et notre demande d'asile. Prenez les demandeurs d'asile comme des humains, les demandeurs d'asile sont aussi des humains. Ils ont aussi une vie à fonder, une famille, un travail. Restez vers nous avec amour et avec joie.

  • Militant CNT

Comme disait Bertold Brecht "Le fascisme n'est pas le contraire de la démocratie mais son évolution par temps de crise." Il est là depuis longtemps, il avance. L'extrême droite elle s'insinue, elle s'installe et quand on veut lutter c'est trop tard. Là, c'est déjà bien avancé, ils sont présents dans les écoles, dans les lycées, sur les lieux de travail, dans les syndicats majoritaires, au gouvernement, je vous rappelle que les fascistes sont au gouvernement. Bougez-vous, vous bougez, vous êtes là. Le 1er mai à Lons-le-Saunier on appelle à l'organisation de quelque chose comme ça où la parole peut se libérer, où on peut s'exprimer dans l'espace public. Le 1er mai il faudra être plus nombreux, plus visibles, durer. Ce n'est pas un combat qui va se régler en 5 minutes, on va s'installer, on va prendre l'espace public.

  • Sarah Persil, Les Écologistes.

J'ai appelé comme tout le monde à venir manifester partout en France. Ici à Lons-le-Saunier, c'est super d'avoir cette manifestation qui dure toute la journée et qui nous permet de nous voir, de nous rencontrer.

J'aimerais vous livrer un petit témoignage... Je suis aussi élue à la région (BFC) et on a passé les deux dernières journées à voter les budgets. Tous les discours de politique générale ça commence toujours comme ça, vous avez la présidente de région, le RN, les LR, les macronistes, les écolos, les communistes et les socialistes, tout le monde a la parole. Tout le monde a parlé d'un truc: l'effort de guerre. Les conditions ultra problématiques que nous sommes en train de traverser aujourd'hui dans le monde et dont on a parlé qui font qu'on a des dingues qui sont au pouvoir dans les grandes puissances et que cela va impacter la Bourgogne Franche-Comté. Les financements européens qui représentent un tiers du budget de la région, ça va peut-être aller sur l’effort de guerre. Avoir des Trump, des Poutine qui décident de l’ordre du monde ça affecte l’ordre du monde et on est là pour résister. Si bien qu’au sein de l’assemblée plénière du Conseil départemental se pose la question de l’Europe de la défense. On a des RN dans cette assemblée, qui ne sont absolument pas républicains, qui ne participent pas à l’exercice, ne siègent pas dans les lycées, qui ne travaillent pas pour la région et ses habitants, mais qui par contre communiquent énormément, qui nous mentent, qui nous arnaquent; ils avaient un vœu à porter au vote : « défendons la Shoah dans les lycées » dans une stratégie de réécriture de l’histoire où ils se présentent comme amis des juifs. Ils demandaient aussi de sortir des financements de la région l’art contemporain. Le vice-président ayant répondu en encourageant à visiter l’exposition « art contemporain, art dégénéré sous le nazisme » au musée Picasso, à Paris, les élus RN ont fait un chahut et exigé des excuses sur ce parallèle entre RN et nazis jugé inadmissible, puis ont quitté la salle. Il est important de nommer un chat un chat, et on a besoin de se soutenir mutuellement dans ces moments de vigilance constante, d’appels à la haine dans les réseaux sociaux ; il faut qu’on la joue collectif. Cela passe par le monde associatif, les syndicats, les partis politiques. Investissons ces espaces, en vue des municipales l’année prochaine, soyons bien droits dans nos pompes, et pas dans les bottes.

  • Une militante de Solidaires

Solidaires, c'est un syndicat qui a toujours combattu l'extrême droite et ses discours racistes. Notre syndicalisme est féministe LGBTQIA+. Il combat toutes les formes de discrimination. C'est pour ça qu'on est là aujourd'hui. On voulait rappeler, mais ça a été très bien dit jusqu'à maintenant, le socle idéologique du RN et de toute l'extrême droite qui est bien le racisme, c'est-à-dire le racisme anti arabes, négrophobie, anti tsiganisme, antisémite et le patriarcat. Dans un contexte d'offensives anti migrantes et islamophobes très violentes et le durcissement des politiques racistes actuelles, le RN considère très concrètement les personnes racisées, étrangères comme une menace ainsi que les femmes et les personnes LGBTQIA+. On voudrait rappeler, même si c'est dur de l'entendre, que la société française est profondément structurée par le racisme qui est un système de domination et d'exploitation qui hiérarchise les vies et les droits et ce racisme est largement hérité du colonialisme. Il a des effets concrets, c'est l'oppression, la discrimination, les violences.

Le syndicat Solidaires a envie de vous inviter à rejoindre les syndicats. Les personnes qui peuvent se sentir discriminées au quotidien, rapprochez-vous des syndicats, pas forcément de Solidaires. Le syndicalisme c'est une voie d'émancipation qui nous donne des clés, des armes pour comprendre ce qui se passe et pouvoir agir.

  • Texte d'Attac lu par une militante.

Notre pays construit des ponts pas des murs. D’où que l’on vienne, où que l’on soit né·e, notre pays existe. Il s’appelle Solidarité.

Notre pays n’a ni carte, ni limites. Il ne fait pas la guerre si ce n’est au fascisme, au colonialisme, au racisme, à l’injustice et aux inégalités.

Notre pays n’existe pas isolé, atomisé, soumis. Il existe dans tout ce qui relie, regroupe, donne confiance et lutte.

Notre pays est en grand danger. Il doit sortir, se montrer, se lever. Vivre.

Car notre pays brûle. Il s’appelle Avenir.

Car notre pays est étouffé. Il s’appelle Liberté.

Car notre pays se meurt. Il s’appelle Égalité.

Car notre pays est opprimé. Il s’appelle Dignité.

Notre pays est en danger. Nous appelons à la mobilisation générale.

Pour l’avenir. Si la planète brûle, cela n’a rien à voir avec les migrations, nos couleurs de peau, nos origines, nos religions. Le monde n’attend qu’une étincelle pour exploser et certain.e.s nourrissent l’incendie qui nous menace.

Nous dénonçons toutes les formes de racisme dont l’islamophobie, l’antisémitisme, l’anti-tziganisme, la négrophobie et le racisme anti-asiatique. Nous exigeons notamment la fin des contrôles au faciès, l’abrogation de la loi dite « séparatisme », le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la fin des dominations économiques, militaires et politiques, en particulier la Françafrique.

Pour la liberté. Nous voyons que lorsqu’on commence à limiter la liberté pour certain·e·s, c’est la liberté de tou·te·s qui recule. C’est ainsi que se mettent en place des pouvoirs de plus en plus autoritaires.

Nous exigeons la liberté de circuler et de manifester et notamment l’abrogation de la loi dite « sécurité globale », la fin des violences et des crimes policiers et pénitentiaires, la suppression des mesures de répression contre les migrant·e·s (OQTF*, IRTF*, …) et la fermeture des Centres de Rétention Administrative. Nous exigeons la destruction des murs qui s’érigent partout dans le monde pour séparer et contrôler les peuples.

Pour l’égalité des droits. Les arguments utilisés contre l’immigration sont faux économiquement et ne servent qu’à justifier les mesures qui amplifient monstrueusement le racisme et les inégalités sociales. L’oppression et la surexploitation des migrant·e·s aggravent les conditions de tou·te·s les salarié·e·s.

Nous revendiquons l’égalité des droits pour tou·te·s, le renforcement et l’accès réel à la santé, à l’éducation, à des revenus décents, au logement et l’arrêt des expulsions dans les foyers de travailleureuses migrant-es. Nous exigeons notamment la régularisation des sans-papiers.

Pour la Dignité. Nous refusons la banalisation de l’insoutenable. Nous dénonçons les politiques anti-migratoires et de non-accueil des migrant·e·s. Nous refusons l’instrumentalisation des femmes à des fins racistes. Nous réclamons vérité et justice pour les victimes de violences policières et pénitentiaires. Nous exigeons le respect des convictions et croyances de tou·te·s. Debout, nous redevenons dignes.

Pour la Solidarité. Nous appelons toutes et tous à se lever, se rassembler, s’organiser. À faire vivre notre pays partout où il existe. Dans les quartiers, les villages, les ronds-points, les écoles, les lieux de travail. Autour d’un hôpital menacé, autour des associations antiracistes dissoutes ou menacées de l’être, autour d’un théâtre qui avait été occupé, autour d’un piquet de grève, autour d’un immeuble menacé d’expulsion, d’une frontière. A partir d’un local associatif ou syndical, d’un lieu culturel et solidaire…

Partout dans le monde, l’extrême droite défend un projet raciste et violent. Les saluts nazis sont de retour alors qu’on les croyait disparus à jamais.

En France, les parties d’extrême droite surfent sur le racisme pour fracturer l’unité du peuple et assurer la domination des puissants orchestrée par des médias à leur solde.

Nous appelons notre pays à se lever en masse, s’organiser et lutter pour la solidarité contre le racisme et contre le fascisme.

Notre pays existe. Il s’appelle Solidarité.

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A Lons-le-saunier, après les prises de parole, l'après-midi est consacré aux discussions entre toustes, dans une atmosphère détendue bien qu'empreinte de gravité quant à la période que nous vivons, inquiétante à tous égards.

Au final, cette journée a été riche en discussions et en rapprochements, en propositions d’action collective face à la montée de l’extrême droite et au racisme décomplexé. S’organiser, se doter d’outils de compréhension et d’action a été l’objectif des participant·e·s qui ont reconnu ensemble l’utilité de l’unité sur un mot d’ordre clair : antifasciste, antiraciste.