Près de 1 500 personnes mobilisées dans le Jura. Les lycéen·nes veulent se faire entendre.
Ce mardi 6 octobre, près de 1 500 personnes ont participé aux différentes mobilisations organisées dans le Jura.
À Lons-le-Saunier, 400 personnes dans les ruesDepuis 6h30 ce mardi matin, le lycée Jean-Michel est bloqué à Lons-le-Saunier. Environ 400 personnes, principalement des lycéen·nes, mais aussi des parents, des professeur·es et des représentant·es de l’intersyndicale, se sont rassemblées avant de prendre la direction de la préfecture.
Après plusieurs jours de mobilisation dans différents établissements du département, les lycéen·nes lédonien·nes ont choisi de descendre dans la rue pour porter leurs revendications. Le cortège s’est déroulé dans le calme jusqu’à la préfecture, où une délégation de cinq personnes a été reçue.
« On manque de tout »Derrière les pancartes, les revendications portent principalement sur les conditions d’étude : « Moins d’élèves par classe », « Plus de profs », « Non à Parcoursup » ou encore « On manque nos leçons pour vous en donner ». « On a décidé de faire un blocus pour revendiquer nos droits de lycéen·nes. Car on manque de tout. On manque de profs, nos emplois du temps sont très chargés », expliquent deux lycéennes mobilisées. Parents et enseignant·es sont également présents aux côtés des élèves. L’intersyndicale accompagne le cortège jusqu’à la préfecture. « Les professeur·es et les parents sont venu·es soutenir le blocus. C’est très important que les adultes autant que les élèves se mobilisent pour défendre cette cause », témoignent les lycéennes.
Au fil de la manifestation, les revendications dépassent toutefois les seules conditions d’étude. Des slogans politiques sont également scandés, tandis que La Marseillaise est entonnée par les manifestant·es.
Pour les jeunes mobilisé·es, la journée est aussi l’occasion d’exprimer leurs inquiétudes concernant leur avenir et la société dans laquelle ils et elles vont entrer.
À 10 heures, le cortège rejoint la préfecture. Les lycéen·nes demandent à être reçu·es par le préfet. Une délégation de cinq élèves est reçue afin de présenter les revendications portées par la mobilisation. Le blocus reprend au retour au lycée Jean-Michel, pour se poursuivre jusqu’à 18 heures.
Une lycéenne raconte la mobilisation de la veille
Les lycéennes rencontrées ce mardi évoquent également les tensions survenues lundi matin avec les forces de l’ordre.
« Le matin, ça a un peu dégénéré avec les policiers. Il y a eu des garde-à-vue et ils ont essayé de nous gazer », racontent-elles.
Ces éléments sont rapportés comme le témoignage des lycéennes présentes lors de la mobilisation.
Près de 1 500 personnes mobilisées dans le Jura
La mobilisation lédonienne s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus large. Depuis plusieurs jours, des établissements sont mobilisés dans différentes villes du Jura, sous forme de blocages, de rassemblements ou de manifestations.
À Dole, environ 300 personnes ont participé à la mobilisation. À Poligny, elles étaient environ 200, tandis que près de 150 élèves se sont mobilisés à Salins-les-Bains. Des actions ont également été signalées à Saint-Claude, Champagnole et Morez.
À l’échelle du département, le mouvement rassemble ainsi près de 1 500 personnes ce mardi. Les revendications se rejoignent largement : classes trop chargées, manque de professeur·es, difficultés de remplacement, moyens insuffisants et inquiétudes sur les conditions d’apprentissage. À Poligny, une pancarte résume avec humour une partie du sentiment exprimé par les jeunes : « L’Éducation nationale, c’est comme mon ex, beaucoup de promesses, peu d’engagement. »
À Salins-les-Bains, 150 élèves bloquent leur lycée
À Salins-les-Bains, le blocage a débuté dès 8 heures dans le calme. Près de 150 élèves, sur les quelques 250 que compte l’établissement, ont participé à la mobilisation. Le blocage s’est poursuivi jusqu’à 14 heures avant que les élèves partent en cortège vers le centre-ville. Ils y ont été symboliquement reçus par le maire, auquel ils ont présenté leurs revendications, avec l’objectif de voir leurs demandes relayées auprès du conseil départemental et des parlementaires.
Au-delà de la solidarité avec le mouvement lycéen national et avec les élèves qui disent avoir subi des violences policières dans d'autres établissements, les jeunes Salinois mettent en avant des difficultés propres à leur établissement. Ils dénoncent notamment des emplois du temps très contrastés, avec des journées pouvant s’étendre de 8 heures à 18 heures et de longues périodes de permanence, qu’ils associent aux conséquences de la réforme du lycée. Les élèves pointent également la baisse des financements consacrés aux options et spécialités artistiques, notamment le théâtre et le cinéma. Pour maintenir un enseignement qu’ils jugent qualitatif, ils expliquent devoir organiser des actions permettant notamment d’assister à des spectacles ou de faire intervenir des professionnel·les.La question de l’accompagnement et de la santé scolaire revient également dans leurs revendications. Les élèves signalent l’absence d’infirmière au lycée depuis avril 2026, tandis que l’infirmière intervenant au collège n’est présente que deux jours par semaine. La psychologue scolaire, qui assure également des missions d’orientation, ne serait présente qu’une journée par semaine. Quant à l’assistante sociale, elle intervient de manière ponctuelle puisqu’elle se partage entre plusieurs établissements. Les lycéen·nes dénoncent aussi des classes pouvant atteindre 30 à 35 élèves, notamment en langues vivantes, ainsi que le non-remplacement de professeur·es. Ils citent notamment le cas d’un professeur d’EPS qui n’aurait pas été remplacé pendant un trimestre l’année précédente et celui d’une enseignante d’anglais régulièrement absente sans remplacement. Enfin, les élèves soulèvent la question de la prise en charge du harcèlement scolaire. Ils estiment que les élèves ambassadeurs du dispositif pHARe ne bénéficient pas de suffisamment de formation ni de réunions pour pouvoir jouer pleinement leur rôle.
À Poligny, au plus près de la mobilisation
À Poligny, environ 200 lycéen·nes se sont rassemblé·es devant le lycée Friant. Une manifestante venue apporter son soutien aux jeunes raconte ce qu’elle a observé au cours de la journée.
"Mardi 6 octobre. Je veux me rapprocher des portails des lycées, apporter mon soutien, discuter avec des jeunes de ce qui se passe. J’arrive à 10h, en compagnie de trois compères militants : chacun sa couleur de gilet, jaune, rose et rouge. Je suis en pull orange. Deux cents lycéen·nes devant le lycée Friand à Poligny. En haut des marches, le directeur, la principale, le CPE, les pions... qui semblent spectateurs. Un bouquet de six ou sept gendarmes plantés derrière la scène. Musique. Au sol, des traces de farine. Des grappes de jeunes s’approchent de nous. Les discussions s’installent. Ils remercient. Ils répondent à nos questions. Glanés ici et là, des messages de soutien aux autres établissements moins privilégiés. Ici, les classes sont à 30 ; il manque juste un prof depuis la rentrée parce qu’il a eu un accident ; la loi sur le portable agace ; l’eau est bouillante, ça craint...Ils sont en première ou seconde, ont déjà une conscience assez fine de la situation politique en France, des inégalités, de la peur administrée et du ras-le-bol général. Certains vont bientôt voter... Ils nous expliquent qu’un groupe est allé chercher des palettes pour bloquer l’entrée. Un appel est lancé à venir soutenir le blocage toute la journée. À 17h, en passant sur la place, je constaterai que la barricade est bien là et, dessus, la banderole : « Soutien à tous les lycées ! » Certains jeunes ont pris rendez-vous pour une convergence des luttes le 17 octobre, par exemple."
Un mouvement qui va se poursuivre
Les revendications exprimées dans les différents établissements dépassent les seules conditions d’étude. Elles traduisent également une inquiétude plus générale concernant l’avenir des jeunes.
Des études sociologiques consacrées à la jeunesse et à l’école viennent par ailleurs documenter plusieurs de ces préoccupations, notamment autour des conditions d’études, des inégalités scolaires et des perspectives d’avenir.
Les lycéen·nes mobilisé·es annoncent vouloir poursuivre les blocus et les manifestations tant que leurs revendications ne seront pas entendues.
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