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L'école en milieu rural

Séverine Duparet, responsable FSU

L'école rurale est l'un des derniers services publics de proximité, un lieu vivant où s'enracine la cohésion sociale et où se prépare l'avenir de notre jeunesse…


On entend parfois dire que la ruralité poserait des difficultés d'apprentissage ou un risque d'isolement. La réalité du terrain dément fermement ce préjugé. Les élèves des zones rurales obtiennent de très bons résultats scolaires.

En effet, les effectifs réduits et les groupes multiniveaux, typiques des écoles à classe unique ou des écoles de 2 à 4 classes, favorisent l'entraide et l'autonomie des élèves. Y règnent aussi un climat scolaire plus apaisé (taille école de 300 elèves ou 45 seulement) et une relation de confiance quotidienne entre les familles et les équipes pédagogiques. 

"A niveau social égal, les écoles rurales réussissent mieux que les écoles urbaines", relève Angela Barthes, professeure en sciences de l'éducation à l'université d'Aix-Marseille.

Dans les années 1970, les "regroupements pédagogiques intercommunaux" (RPI), qui ont permis à l'Education nationale de "diminuer le nombre de postes",  rappelle Rémi Rouault, professeur émérite de géographie à l'université de Caen, ont en outre incité les communes à mutualiser leurs moyens dédiés aux écoles, voire à rassembler leurs classes sur un seul site.

Aujourd’hui, ces RPI sont menacés de fermer pour voir se concenter une seule école sur un seul village cette école de proximité est aujourd'hui encore davantage fragilisée. Exemple de ce qui s’est passé à Chamblay il a 6 ans ou à cette rentrée où l’on a fermé 5 écoles pour tout mettre sur la commune de Biarne qui verra la scolarisation des élèves de 7 communes alentours.

Sous prétexte de déprise démographique, la tentation est grande d'appliquer une logique purement comptable : moins d’élèves donc moins d’enseignants et en multipliant les fermetures de classes et les fermetures d'écoles, favoriser le développement de Pôles scolaires exemple de mont-sous-Vaudrey qui veut voir concentrer 300 élèves sur un même établissement. Mais fermer une classe voire une école n'est pas un simple ajustement budgétaire : c'est affaiblir un territoire tout entier.

Au cours des dernières années, le rythme de fermeture des écoles a été relativement plus soutenu en milieu rural par rapport à la moyenne nationale", constate un rapport d'information du Sénat (Nouvelle fenêtre) publié en décembre 2025.
Plus de 17 000 écoles ont été fermées en France entre 1985 et 2025 (40 ans).
Dans le Jura, on comptait 503 écoles en 1985. Aujourd’hui, il n’y en a plus que 237 à la rentrée 2025.
 
Les conséquences financières et matérielles pour les communes sont particulièrement lourdes :
- explosion du coût du transport scolaire pour la collectivité (tendance à la hausse et durable semble-t-il…) coût de 27 millions €/an en 2024  endossé par la région.
- gestion de locaux devenus vides et coûteux à entretenir,
- financement obligatoire de l'accueil des élèves dans d'autres établissements.
À cela s'ajoute une suppression directe et indirecte d'emplois locaux, impactant le personnel communal (agents d'école, ATSEM, animateurs), mais aussi le tissu socio-économique du village (commerces de proximité, assistantes maternelles).
 
Pour les enfants et leurs parents, la fracture est tout aussi profonde :
- des journées à rallonge à cause de trajets prolongés, (exemple de trajet pour une école à 2km du village, bus à 8h le matin pour une arrivée à 8h25 à l’école tour de manège gratuit),
- un éloignement dommageable entre les familles et les équipes enseignantes.
La disparition d'une école accentue les difficultés des communes déjà frappées par le vieillissement de leur population. "Quand vous avez une école qui ferme, les jeunes ménages ne s'installent plus", confirme Angela Barthes.

"La commune devient une commune pour retraités, ou résidentielle, où les gens qui y vivent ont leur activité professionnelle, leur consommation, leurs distractions en dehors de leur commune de résidence", ajoute Rémi Rouault géographe. Ces fermetures imposées "ne tiennent absolument pas compte de ce que la présence de l'école apporte aux villages, aux élèves, à la vie locale", regrette Angela Barthes.

En enlevant son école à un village, on entame durablement son attractivité et on prive la commune du renouvellement indispensable de sa population.
 
Face aux évolutions démographiques, le gouvernement a encore supprimé des postes pour la rentrée 2026 :      1 891 postes supprimés dans le premier degré et 2 109 dans le second degré. La baisse démographique ne doit pas dicter nos besoins éducatifs.
D'ici 2035, les projections prévoient une diminution de 14,7 % de la population scolaire, soit 1,7 million d'élèves en moins. Pour la FSU, cette baisse d'effectifs ne doit pas servir de prétexte à des coupes budgétaires, mais constituer un levier historique de transformation et d'amélioration de l'École.
 
L'école de 2026 n'est plus celle de l'an 2000 et la France conserve pourtant un taux d'encadrement moins favorable que ses voisins européens comparables. Le cumul des retards d'investissement voire du non investissement dégrade continuellement les conditions d'apprentissage des élèves et les conditions de de travail des personnels.
Cette déprise démographique fragilise autant nos territoires ruraux que nos quartiers populaires, menaçant l'un des derniers piliers du service public de proximité. (exemple de désengagement de l’état auprès des collectivités locales qui gèrent la question bati scolaire, impossibilité d’investir car quid de l’avenir de l’école à plus ou moins courte échéance ; les communes déjà très contraintes ne peuvent pas se permettre de répondre favorablement à une demande d’évolution alors que dans quelques années l’école risque d’être purement et simplement fermée...)


Nous portons des revendications claires et ambitieuses

un plan d'urgence pour l'école qui se traduirait par :
- un abondement de 52 455 postes d'enseignants dans le premier degré afin de rejoindre la moyenne européenne de 19 élèves par classe,
- la reconstruction indispensable des RASED,  1 psy pour 2000 élèves,
- le renforcement des moyens de remplacement, à ce jour déjà plus de remplacement possible sur certains secteurs,
- le rétablissement du dispositif "Plus de maîtres que de classes", (PDMQDC) pour favoriser le travail collectif, sur 3 classes 1 maitre en plus,
- statut de fonctionnaire pour les AESH (sous contrat précaire car temps partiel subi exemple 800 € ) ….
Défendre l'école rurale, c'est réaffirmer l'égalité territoriale et le droit fondamental pour chaque enfant de bénéficier d'un service public d'éducation ambitieux, ancré dans son cadre de vie.

Enfin, financer une école présente partout sur le territoire et garantissant la réussite de tous les élèves est pleinement réalisable : c'est avant tout un choix, une volonté politique. Les crises que nous traversons — qu'il s'agisse de la gestion des incendies, du manque d'eau, de la montée des violences, des enjeux de santé mentale de la jeunesse, le coût des énergies ou encore de la situation de l’hôpital — ne relèvent ni de la fatalité ni de la responsabilité individuelle. Elles ont un caractère profondément systémique, engendré par des décennies de politiques libérales qui organisent le démantèlement programmé de nos services publics au profit des actionnaires. Pourtant, des alternatives financières crédibles existent : en appliquant des mesures fiscales équitable il est possible de récupérer immédiatement plusieurs dizaines de milliards d'euros  (environ 87 Mds), telles que :
- le rétablissement d'un ISF rénové (15 Mds €),
- l'instauration d'une taxe sur les transactions financières à 0,5 % (11 Mds €),
- la mise en place de la taxe Zucman sur les milliardaires (20 Mds €),
- la suppression de la flat tax (9 Mds €),
- l'imposition accrue des super-héritages (12 Mds €)
- la taxation des superprofits (20 Mds €).
 
Ces 87 milliards d'euros annuels permettraient de financer par exemple des investissements majeurs et concrets pour notre société  :
- la création de 145 000 postes d'enseignants,
- et une augmentation de 10 % du point d'indice,
- et la construction de 65 000 logements sociaux,
- et la rénovation de 20 000 établissements scolaires,
- et un investissement de 4,5 milliards d'euros pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
 
Plus largement le désinvestissement des gouvernements libéraux dans les services publics aggrave les crises au détriment du plus grand nombre et au bénéfice de la minorité ultra-riche.


Données annexes

Rentrée 2026 :  26 987 elèves de la maternelle au lycée  (source préfecture) à raison de 1000 € par élève pour le transport presque 27 Millions € par an.(source ecla bfc)
 
Depuis 1996, le nombre d'écoliers dans l'enseignement public au premier degré a baissé de 8,6% dans l'Hexagone – soit 500 491 élèves en moins, selon les données du ministère de l'Education nationale

Plus de 17 000 écoles ont été fermées en France depuis 40 ans : 
Site France Info 28 février 2026.
60 059 écoles en 1985 à 42 443 en 2025 sur toute la France.
Evolution du nombre d’écoles entre 1985 et 2025 sur le Jura :
- Bassin de vie de Lons (62 communes) : - 44 écoles 51,8 %
- Bassin de vie de Poligny (37 communes) : - 18 écoles 64,3 %
- Bassin de vie d’Arbois (13 communes) : - 8 écoles 80 %
- Bassin de vie de Dole (53 communes) : - 47 écoles 53,4 %
- Bassin de vie de Tavaux (14 communes) : - 16 écoles 69,6 %
- Bassin de vie de Chaussin (24 communes) : - 10 écoles 51,8 %
- Bassin de vie de Bletterans (26 communes) : - 11 écoles 44 %
- Bassin de vie de Saint Amour (62 communes) : - 18 écoles 51,8 %
- Bassin de vie d’Orgelet (20 communes) : - 10 écoles 83,3 %
- Bassin de vie de Clairvaux (22 communes) : - 9 écoles 6,8 %
- Bassin de vie de Moirans (8 communes) : - 5 écoles 50 %
- Bassin de vie de Saint Claude (26 communes) : - 18 écoles 40 %
- Bassin de vie de St Laurent en Gdx (13 communes) : - 9 écoles 53 %
- Bassin de vie de Champagnole (59 communes) : - 34 écoles 70,8 %


Duparet Séverine

Responsable FSU

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