Une publication qui diviseC’est là que la communication préfectorale devient problématique.
Un représentant de l’État dispose d’une parole particulière. Lorsqu’il publie une accusation aussi grave sur les réseaux sociaux, celle-ci est immédiatement susceptible d’être reprise comme un fait établi. Et c’est ce qui s’est produit.
Certains médias ont emboîté le pas à la communication préfectorale, relayant l’accusation avant de revenir, dès le lendemain, sur cette présentation ou de la nuancer.
Cette mécanique est inquiétante : une accusation se diffuse en quelques heures, tandis que sa rectification intervient lorsque l’opinion a déjà été exposée au premier récit.
Le débat démocratique mérite mieux que cela.
Condamner une dégradation, sans fabriquer un appel au meurtre.
Il ne s’agit évidemment pas de nier la dégradation d’un équipement public. Écrire au feutre sur un panneau appartenant à la collectivité n’est pas un comportement que l’on peut simplement évacuer.
Mais le feutre était effaçable et le nettoyage pouvait être effectué en quelques minutes avec un chiffon et de l’alcool ménager.
Alors pourquoi transformer cet acte en accusation publique d’appel au meurtre ?
Pourquoi ne pas simplement condamner la dégradation, si c’est elle qui est reprochée ?
La disproportion entre le geste et la réaction préfectorale interroge.
Car derrière cette affaire se dessine une conception inquiétante du débat public : celle qui consisterait à transformer toute expression radicale contre l’autorité en menace contre les personnes qui l’incarnent.
Le rôle d’un préfet est-il de rassembler ou de diviser ?Dans un département comme le Jura, le représentant de l’État devrait être celui qui garantit le respect de la loi tout en contribuant à maintenir le dialogue et l’apaisement.
Il devrait pouvoir condamner une dégradation sans caricaturer ceux qui manifestent.
Il devrait pouvoir défendre les policiers sans présenter abusivement un slogan politique comme un appel au meurtre.
Il devrait surtout mesurer la portée de ses propres mots.
Car lorsque le préfet parle, ce n’est pas un citoyen ordinaire qui publie sur Facebook : c’est l’État qui s’exprime. Et l’État devrait être particulièrement attentif à ne pas fabriquer des divisions là où il pourrait contribuer à les réduire.
La fonction d'un préfet impose de rassembler. Pas d'attiser les oppositions.