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FABRIQUE DE LA DÉSINFORMATION: QUAND LES MÉDIAS NE FONT PAS LEUR TRAVAIL

FABRIQUE DE LA DÉSINFORMATION: QUAND LES MÉDIAS NE FONT PAS LEUR TRAVAIL

Alors qu’un forum antifasciste a eu lieu dans une ambiance sereine ce week-end à Lons-le-Saunier, chacun·e a pu voir fleurir dans la presse locale les titres suivants:

« Appels au meurtre de policiers" : le préfet du Jura saisit la justice après des inscriptions lors d'une manifestation antifasciste à Lons-le-Saunier »

France 3 Région développe sur son site internet :

Le préfet du Jura Pierre-Édouard Colliex a annoncé ce dimanche 6 septembre avoir saisi la procureure de la République de Lons-le-Saunier après avoir constaté des inscriptions appelant "au meurtre de policiers" lors d'une manifestation organisée par le collectif antifasciste AFA 39.
https://france3-regions.franceinfo.fr/bourgogne-franche-comte/jura/lons-le-saunier/appels-au-meurtre-de-policiers-le-prefet-du-jura-saisit-la-justice-apres-des-inscriptions-lors-d-une-manifestation-antifasciste-a-lons-le-saunier-3412487.html


"Tue le flic dans ta tête"  écrit sur le panneau d’un Forum des associations

Voilà exactement ce qui a été inscrit hier sur un des panneaux d'accueil du forum des associations de la Ville de Lons le Saunier et que Le Progrès Jura a estimé impubliable sur son site en le floutant.

L’ équipe de Trente Neuf Degrés a rapidement retrouvé la référence culturelle de cette phrase  de Grey Jackson: « Kill the cop in your head  » , 

« Tuez le flic dans votre tête » fait référence à une lettre ouverte 1996 de Greg Jackson : intitulée « Authoritarian Leftists: Kill the Cop in Your Head », où il s’adresse à des groupes de gauche et appelle à remettre en question les autoritarismes idéologiques.

Voilà comment la mise en lumière d’ un slogan anarchiste connu, écrit sur un panneau avec un crayon- feutre noir effaçable grâce à un chiffon et de l'alcool ménager, et qui exprime le rejet de la soumission psychologique à l'autorité policière ou normative s’est transformée en soutien aux forces de l’ordre, à grand renfort de diffamations à l’encontre des organisateurs d’un évènement antifasciste, et à un relai sans recul de l’intervention idéologique et mensongère d’un préfet par la sphère médiatique.


Dans une période où le tissu associatif continue d’alerter sur la dégradation des conditions financières d’activité, sur les conséquences que provoque son étranglement financier auprès des publics avec lesquels il travaille, sur l’ incapacité même à produire de la pensée critique sous peine de ne plus pouvoir obtenir une salle ou une subvention au prétexte que la proposition serait « trop politisée», l’ensemble du monde associatif fait face à une crise existentielle, et avec lui le statut associatif de loi 1901, qui offre un cadre souple aux personnes qui veulent se réunir autour d’un projet commun, sans poursuivre un objectif lucratif, afin de se structurer juridiquement.

 « Tue le flic dans ta tête », est compris dans un texte de référence comme un appel à des groupes de gauche à remettre en question les autoritarismes idéologiques, et devrait nécessairement interpeller le monde associatif après 10 ans de gouvernance Macron, son monde et leur référence répétée à l’héritage de l’extrême droite .

Il va falloir choisir : doit-on obéir au système quelles que soient ses injonctions, et ses conditions pour obtenir des subventions ou agir pour ses finalités associatives ? 


Le numéro de mai 2025 de Socialter, magazine d’éducation populaire, nous livre une lecture politique de cette question « La révolte, ça s’apprend? » : https://www.socialter.fr/

Été 1945, Vercors. Tandis que les alliés libèrent peu à peu la France occupée, un groupe hétéroclite de formateurs, plus ou moins autodidactes, issus de toutes les classes sociales, ingénieurs, ouvriers, officiers, artistes, enseignants, tente de donner un sens à ce qui vient de se produire. Ayant pris le maquis pour former les jeunes résistants, après le démantèlement de l’école et de leurs structures d’apprentissages sous Vichy, ils élaborent un texte puissant, conscients des enjeux à venir pour la reconstruction de la France. Le possible retour du fascisme doit être contré selon eux par une nouvelle forme d’éducation populaire, résolument politique : 

Nous voulons être des éducateurs, produire de l’éducation comme d’autres produisent du pain, de l’acier, ou de l’électricité.. La culture populaire ne saurait être qu’une culture commune à tout un peuple : commune aux intellectuels, aux cadres, aux masses. Elle n’est pas à distribuer, il faut la vivre ensemble pour la créer.

En 2026, où en est-on des manifestes associatifs, en France, dans le Jura ? Les associations doivent- elles tuer le flic en elles, et n’est-ce pas cela la vraie question ? 

La rédaction Trente Neuf Degrés

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