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« Tue le flic dans ta tête » : quand un slogan devient une accusation

Après la manifestation antifasciste organisée dimanche à Lons-le-Saunier par l’AFA 39, le préfet du Jura a choisi la polémique plutôt que l’apaisement.

Dans une publication diffusée sur Facebook, le préfet du Jura accuse des militants d’avoir inscrit sur du mobilier urbain des messages « appelant au meurtre des policiers ». Une accusation particulièrement grave, alors qu’aucune décision de justice n’est venue établir que le slogan en question constitue juridiquement un appel au meurtre.

Le message préfectoral ne se contente donc pas de condamner une inscription réalisée sur du mobilier public. Il lui attribue une signification particulièrement lourde et l’inscrit dans une lecture politique de la manifestation antifasciste.

Mais cette publication pose surtout une question : que produit la parole d’un représentant de l’État lorsqu’elle transforme un slogan en accusation publique ? Elle ne contribue certainement pas à l’apaisement. Elle crée des divisions, oppose les citoyens entre eux et nourrit un climat de suspicion à l’égard de militants venus manifester contre l’extrême droite.

Un préfet devrait contribuer à calmer les esprits, pas à jeter de l’huile sur le feu.

« Kill the cop in your head » : une expression contre l’autorité intériorisée.

Tout repose ici sur la compréhension du slogan.
« Kill the cop in your head », expression que l’on retrouve dans la culture anarchiste et contestataire anglophone, est une formule symbolique qui invite à remettre en question l’autorité que chacun peut avoir intériorisée.
Le « flic dans la tête » représente cette forme de contrôle intérieur qui pousse à obéir automatiquement, à se surveiller soi-même, à censurer ses paroles ou ses comportements et à accepter certaines normes simplement parce qu’elles sont imposées. Il s’agit donc d’une critique de la soumission intériorisée à l’autorité, et non d’une instruction destinée à commettre une violence physique.

La formule est volontairement radicale et provocatrice. Elle cherche à interpeller et à provoquer une réflexion sur les mécanismes d’obéissance et de contrôle social.
On peut évidemment la trouver choquante, excessive ou déplacée sur un équipement public. Mais l'interpréter comme un appel au meurtre revient à évacuer toute sa dimension symbolique et politique.


Une publication qui divise

C’est là que la communication préfectorale devient problématique.
Un représentant de l’État dispose d’une parole particulière. Lorsqu’il publie une accusation aussi grave sur les réseaux sociaux, celle-ci est immédiatement susceptible d’être reprise comme un fait établi. Et c’est ce qui s’est produit.

Certains médias ont emboîté le pas à la communication préfectorale, relayant l’accusation avant de revenir, dès le lendemain, sur cette présentation ou de la nuancer.

Cette mécanique est inquiétante : une accusation se diffuse en quelques heures, tandis que sa rectification intervient lorsque l’opinion a déjà été exposée au premier récit.
Le débat démocratique mérite mieux que cela.

Condamner une dégradation, sans fabriquer un appel au meurtre.

Il ne s’agit évidemment pas de nier la dégradation d’un équipement public. Écrire au feutre sur un panneau appartenant à la collectivité n’est pas un comportement que l’on peut simplement évacuer.
Mais le feutre était effaçable et le nettoyage pouvait être effectué en quelques minutes avec un chiffon et de l’alcool ménager.
Alors pourquoi transformer cet acte en accusation publique d’appel au meurtre ?
Pourquoi ne pas simplement condamner la dégradation, si c’est elle qui est reprochée ?

La disproportion entre le geste et la réaction préfectorale interroge.

Car derrière cette affaire se dessine une conception inquiétante du débat public : celle qui consisterait à transformer toute expression radicale contre l’autorité en menace contre les personnes qui l’incarnent.


Le rôle d’un préfet est-il de rassembler ou de diviser ?

Dans un département comme le Jura, le représentant de l’État devrait être celui qui garantit le respect de la loi tout en contribuant à maintenir le dialogue et l’apaisement. 
Il devrait pouvoir condamner une dégradation sans caricaturer ceux qui manifestent. 
Il devrait pouvoir défendre les policiers sans présenter abusivement un slogan politique comme un appel au meurtre. 
Il devrait surtout mesurer la portée de ses propres mots.
Car lorsque le préfet parle, ce n’est pas un citoyen ordinaire qui publie sur Facebook : c’est l’État qui s’exprime. Et l’État devrait être particulièrement attentif à ne pas fabriquer des divisions là où il pourrait contribuer à les réduire.

La fonction d'un préfet impose de rassembler. Pas d'attiser les oppositions.

Par ailleurs 👉 Article du Ch'ni

Laplagne Alain

Militant associatif et politique

Rédacteur Trente-neuf degrés

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