Cette année, la CGT célèbre les 80 ans de la Sécurité Sociale par divers évènements dans notre département du Jura.
C’est ainsi que le 22 mai 2026, l’Union Locale CGT de Champagnole a rendu un émouvant hommage à Ambroise Croizat en baptisant de son nom ses locaux et en apposant une plaque créée par une entreprise locale pour marquer l’évènement.
Ils résument toutes les luttes, au fil du temps, de toutes celles et ceux qui n’ont jamais accepté de perdre leur vie à la gagner. Ce sont les luttes de la dignité humaine et de l’émancipation.
C’est l’essence même du syndicalisme CGT depuis plus de 130 ans avec ses racines dans les anciennes corporations puis dans la Commune de Paris et enfin dans le programme du CNR.
Les « Jours Heureux », c’est l’accouchement des utopies. Accouchement dans la douleur puisqu’il a fallu beaucoup de sang militant contre le fascisme et ses collaborations pour enfanter des avancées socio-économiques inédites. Parmi elles, la Sécurité Sociale.
Aujourd’hui, nous restons les lapins mais nous avons des historien·ne·s.
Jacqueline, UL CGT Champagnole - l’œuvre d’Ambroise Croizat
A plus d’un titre les travailleur-es sont redevables à Ambroise Croizat. Malgré les tentatives du patronat et des gouvernements qui lui ont succédé, pour effacer son nom et son œuvre de notre histoire. Pour nous, il reste l’unique Ministre des travailleur-es.
Car ses réalisations sont multiples. Il n’a été ministre du travail que durant 2 ans. Mais les traces de ce ministère restent encore bien présentes dans la vie des travailleur-es. Pour tout cela nous disons « Merci Camarade Croizat ». Il a connu la misère, la dure condition ouvrière, et au gouvernement, il n’a eu de cesse de faire prospérer les droits de ses camarades ouvriers et ouvrières.
Car ce sont des lois majeures qui ont transformé la vie des travailleur·euse·s, à travers des droits qui existent encore, même si le patronat et les gouvernements depuis 80 ans n’ont eu de cesse de vouloir les gommer. Il nous faut aussi rendre hommage à Michel Etiévent qui s’est battu pour que cette œuvre subsiste dans les mémoires, et par conséquence dans les faits.
Ce sont la création des Comités d’Entreprises, des conventions collectives, de la Médecine du travail, et de la médecine scolaire.
- Il a rétabli la loi sur les 40 heures hebdomadaires que Pétain avait supprimée.
- Il a fait voter l’augmentation des salaires de 25%, la loi sur la majoration des heures supplémentaires, fait voter l’abrogation de l’abattement de 10% sur le salaire des femmes.
- Il a fait voter l’accès des jeunes travailleur-es de moins de 21 ans aux congés payés.
- Avec la loi de généralisation de la Sécurité Sociale, il y a celle sur les retraites, les prestations familiales…
- L’indemnisation des ouvriers du BTP pour les intempéries, la majoration des rentes pour les mutilés du travail, l’intégration des accidents du travail et maladies professionnelles dans le régime de Sécurité Sociale.
- Et qui s’est rappelé dernièrement à nous, le maintien de la rémunération du 1er mai, férié et chômé, que le gouvernement et le patronat ont tenté de nous voler cette année.
Comme Croizat l’a avoué lui-même, » la fenêtre de tir était étroite ». Le patronat disqualifié par la collaboration avec les nazis, une CGT très forte, un Parti Communiste à près de 30% dans les urnes. Plus jamais dans notre histoire, il n’y a eu de d’avancées sociales aussi nombreuses et importantes.
Cette œuvre d’Ambroise Croizat, il nous reste 80 ans après à continuer à la défendre, continuer à faire vivre sa mémoire, ainsi que celle de son biographe, Michel Etiévent qui durant toute son existence a lutté pour que l’on n’oublie pas.
Encore Merci Camarades Croizat et Etiévent!
Intervention de Pierre Cailllaud Croizat, petit-fils d’Ambroise Croizat
Aujourd’hui c’est vraiment un jour de commémoration forte puisqu'il y a 80 ans jour pour jour que cette loi a été votée à l’Assemblée constituante, sur la généralisation de la Sécurité Sociale.
Je suis venu avec une petite bande sonore, dans laquelle on entend Ambroise Croizat s’exprimer. Il semblerait que ce soit une conférence de presse du 1er mai 1946, dans laquelle il explique tout ce qu’il est en train de mettre en place, avec beaucoup de pédagogie, et surtout en essayant de ménager un petit peu tout le monde parce qu’il y a aussi des oppositions sur la mise en place de la Sécu et donc ce sont des choses à entendre. Ce qui montre cette capacité d’homme d’État qu’avait Ambroise Croizat malgré ce parcours atypique qu’il avait eu, parce des ministres qui ont commencé à travailler à l’usine à 13 ans, à mon avis, il n’y en a pas eu beaucoup. Il y en a peut-être quelques-uns qui sont issus de la classe ouvrière, par exemple l’ancien ministre Pierre Bérégovoy qui avait travaillé comme cheminot mais c’est vraiment exceptionnel.
incrustation de la bande sonore en bas de page.
Comme il a commencé à travailler à 13 ans à l’usine, Ambroise Croizat n’a même pas son certificat d’étude, il n’ a pas eu le temps d’aller le passer. Et ça fait certainement partie d’un ensemble de choses pour lesquelles l’histoire officielle n’ a pas reconnu le personnage ou du moins tarde à le reconnaître.
Le travail de Michel Etievent sur Ambroise Croizat est extraordinaire parce qu’ à part dans les milieux vraiment militants, quand il s’est emparé du sujet, Ambroise Croizat était quelqu’un qui avait été mis complètement sous le boisseau.
Il a vraiment déclenché quelque chose. Il y a eu son livre sur Ambroise Croizat qui a dû sortir en 1999, et qui a été très très bien diffusé mais toujours dans les milieux militants. Ensuite il y a eu aussi une étape très importante derrière laquelle Michel Etievent a joué un rôle très important, c’est le documentaire de Gilles Perret, « La Sociale » que je ne saurais que trop recommander à visionner. Et ensuite, ce documentaire ayant eu quand même beaucoup de résonance, de retentissement, il y a eu des échanges sur les réseaux sociaux. Je crois qu’ils ont permis de populariser l’image d’Ambroise Croizat.
Aujourd’hui, on a encore franchi quelques étapes parce des historiens qui sont présentés comme des grands spécialistes de l’histoire de la Sécurité sociale, mais qui sont des gens qui dénient complètement le rôle d’Ambroise Croizat, sont maintenant obligés d’en parler. Avant, ils ne prenaient pas cette peine. Mais même eux se retrouvent dans une situation contrainte qui les amènent à s’expliquer. Petite victoire mais on avance.
Puis par exemple, et c’est assez étonnant, pratiquement 80 ans après la disparition d’une personnalité, il y a des inaugurations d’espaces publics ou de rues ou d’avenues. Ces derniers temps, les inaugurations de rue, de centres de santé Ambroise Croizat ont été nombreuses. A Sète, le pont qui mène à la sécurité sociale a été baptisé "pont Ambroise Croizat".
Bientôt, il semblerait qu’est prévue l’apposition d’une plaque commémorative à l’Assemblée nationale sur le siège qu’occupait Ambroise Croizat. C’est une très très belle reconnaissance parce que là on est vraiment dans la dimension nationale.
Il y a aussi d’autres initiatives, par exemple un documentaire est prévu sur la vie d’Ambroise Croizat et on a commencé le tournage avec les deux coréalisateurs.
Je suis très honoré de l’initiative d’aujourd’hui, de pouvoir y participer. Merci beaucoup, merci à l’union locale de Champagnole. Et que continue cette Ambroise Croizade !
Intervention de Francis Balay - président d’Alternative Mutualiste
Alternative mutualiste, ce sont 19 mutuelles dans toute la France qui ont un seul mot d’ordre et c’est très clair, il n’y a pas d’ambiguïté. La seule mutuelle qui doit exister, c’est la Sécurité Sociale. Ce n’est pas négociable !
En mutualité, il y a toujours eu 2 tendances , historiquement et bien avant la création de la Sécu, et avant la création des organisations syndicales : une mutualité bourgeoise et une mutualité ouvrière. Elles n’ont pas été traitées de la même manière. En 1940, les mutuelles ouvrières ont été interdites. Nos dirigeants ont été arrêtés. Ils étaient nombreux , membres de la CGT et membres du Parti Communiste. Ceci explique peut-être cela. La mutualité bourgeoise, elle, ayant signé la charte de Pétain, la charte du travail, s’est vue confier plein de missions et a continué son bonhomme de chemin jusqu’à la Libération où elle n’a pas pu empêcher la création de la Sécurité Sociale, même si elle a été très à l’offensive pour empêcher les ouvrier·e·s de rejoindre la Sécurité Sociale. On avait retrouvé un tract de la mutualité de l’époque qui disait : "n’adhérez pas à la Sécurité Sociale". Donc voyez qu’il y a une suite logique. Ce n’est pas le hasard.
Nos mutuelles se sont toujours engagées pour la Sécurité Sociale, pour la défendre. Et en parlant de Michel Etiévent, nos mutuelles l’ont épaulé. Moi à titre personnel, j’ai travaillé avec lui une quinzaine d’années, et c’est tout naturellement que nous avons financé ou aidé ses travaux, dont le film « La Sociale » que nos mutuelles ont payé à 80%. Ca a été un gros investissement pour nous mais on avait un devoir de mémoire. Auparavant, nous avions déjà financé « les Jours heureux », qu’on présentera à Lons le Saunier.
Pour nous, il n’est pas question d’arrêter le combat et la présence de Pierre aujourd’hui conforte un petit peu notre vision et notre volonté. Il est clair que la Sécurité Sociale est la pierre angulaire de notre société, d’un choix de société qui avait été posé et très fortement, et c’est un choix politique qui a imposé tout ça. Et si on n’a pas de rapport de force, je pense que ça va être bien compromis sans les mois et les années à venir.
Pour la petite histoire, aujourd’hui , ils réfléchissent à la fusion des 2 budgets, budget Sécu et budget Etat. C’est pas du hasard. Je vous rappelle que le budget de la Sécu, c’est une fois et demie celui de l’Etat, c’est 665 milliards d’euros et qu’à la libération, il était administré par les assuré·e·s elleux -mêmes. En 83, on supprime les élections c’est pas le hasard !
Il y a peut-être un peu d’émotion dans mes propos. C’est bien que la CGT se réapproprie ça, parce qu’il a fallu des années pour que le nom de Croizat revienne, pour qu’on se dise attention, attention ! Qu’on arrête de parler de charges pour parler de cotisations sociales, qu’on arrête de dire la CSG, mais la cotisation sociale. Ça fait du bien.