Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné à la terrasse du Café du Croissant, à Paris. À la veille de la Première Guerre mondiale, celui qui avait consacré ses dernières forces à empêcher l’engrenage vers la guerre disparaissait sous les balles.
À Dole, sa mémoire continue de réunir celles et ceux qui revendiquent son héritage pacifiste. Le rassemblement du 31 juillet 2026 a ainsi donné la parole à plusieurs organisations et sensibilités engagées contre la guerre et pour la paix.
Les interventions ont abordé des angles différents, mais toutes ont interrogé le retour du discours guerrier et la place grandissante accordée à la militarisation dans les sociétés européennes. De la mémoire des anciens appelés d’Algérie à la situation en Palestine, de Marc Bloch à la Première Guerre mondiale, de la défense des libertés publiques à la militarisation de l'école, les prises de parole ont replacé la figure de Jaurès dans les débats contemporains.
Danièle
Ponsot : l'appel de la 4ACG à la désobéissance civile et militaire
Danièle Ponsot, de l’ANACR Nord-Jura, a lu le texte de la 4ACG, association regroupant des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre.
"Appel à la désobéissance civile et militaire. En 2004, la 4ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre) venait de naître. De 4 amis au départ, l’association croît très rapidement. Ces appelés, et d’ailleurs les plus de 2 millions d’entre eux (qui n’ont jamais parlé de leur traumatisme à quiconque), ont tous été broyés. De gauche ou de droite, croyants ou athées, intellectuels ou manuels, réformistes ou révolutionnaires, patrons ou ouvriers, riches ou pauvres, les adhérents de la 4ACG, amis indéfectibles, ont tous des parcours différents, des convictions différentes, mais ont compris, en toute fraternité, que la seule guerre gagnée est celle que l’on ne fait pas quelles qu’en soient les raisons. Ce n’est pas une opinion, mais une vérité humaniste. Il n’y a pas de guerre juste, seul l’opprimé a le droit à la résistance contre son oppresseur, toujours illégitime. Le droit du plus fort n’est d’ailleurs pas un droit mais une infamie, un avilissement, un déshonneur, une déchéance, une souillure, etc. … .
La non-violence n’est donc pas une opinion mais la seule façon de vivre en tant qu’être humain. Nombre de ces adhérents, ci-dessous signataires, ne sont plus dans l’immédiateté mais dans le temps long. Ils ont amendé puis signé ce texte qui a circulé lentement entre-eux. Ils ont réfléchi et assument ce qu’ils disent ci-dessous. Il y a quelques semaines ils ont été outrés par les propos du Général Fabien Mandon, osant proposer aux mères françaises le sacrifice de leurs enfants afin d’aller tuer les enfants d’autres mères dans d’autres pays. Rappelons-lui que le Général Jacques Pâris de Bollardière, son aîné, dont l’épouse fut adhérente de notre association, après avoir avec courage et honneur aidé à libérer la France du joug des va-t-en-guerre Nazis a dénoncé la torture et la guerre impériale ou coloniale qu’il a dû endurer après la libération de 1945, en Indochine et en Algérie. Celle-là même, de guerre, que Fabien Mandon voudrait nous imposer de préparer ! Il nous disait : « La guerre n’est qu’une dangereuse maladie d’une humanité infantile qui cherche douloureusement sa voie. La torture, ce dialogue dans l’horreur, n’est que l’envers affreux de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui l’inflige plus encore que celui qui la subit.
Céder à la violence et à la torture, c’est, par impuissance à croire en l’homme, renoncer à construire un monde plus humain. » Jacques Pâris de Bollardière. Le peuple libéré en 1945, avait décidé « plus jamais ça ». Comment un citoyen français fut-il Général, peut-il nous ordonner, à nouveau, le sacrifice ultime au nom du droit du plus fort. Un seul mort à la guerre est déjà un mort de trop, quel que soit son camp ! Alors, si nous voulons la Paix, il ne faut surtout pas préparer la Guerre. Nous déclarons à tous les va-t-en-guerre et au Chef d’état-major Fabien Mandon : Nous, Anciens Appelés de la guerre d’Algérie Contre la Guerre, fort de la légitimité que nous donne notre parcours, qui étions les enfants sacrifiés de cette époque, appelons notre jeunesse à la désobéissance civile et militaire et à la fraternisation avec tous les peuples de notre Terre. Nous, avec les amis de la 4ACG héritiers de notre action, appelons également tous les Français à soutenir cette désobéissance. Il y a du courage à désobéir à l’illégitimité, il n’y en a aucun à se battre. »
Laurence Bernier: « Ne nous habituons pas à la guerre»
Laurence Bernier, du Réseau pour une paix juste au Proche Orient, a ensuite consacré son intervention à la situation internationale, à la militarisation de l'Europe et à la situation au Proche-Orient.
"Nous vivons une période de tous les possibles mais aussi de tous les dangers. Tout un arsenal militaire et idéologique est déployé pour faire accepter à la population l'idée que la guerre constitue désormais le panorama normal des temps modernes. L'accumulation des armes de destruction massive peut ouvrir les portes à l'anéantissement de l'humanité. En Europe, la militarisation est accélérée, avec un fonds dit "ReArm Europe" disposant de 1000 milliards d'euros. Pendant ce temps, les dirigeants expliquent sans rougir qu'on ne pourrait pas créer un tel fonds pour le développement des services publics et des protections sociales et écologiques. Les discours et décisions de nos gouvernants visent à acclimater nos concitoyen.e.s à la guerre possible pour installer une adaptation permanente de la société à la possibilité de guerre. A Gaza, un génocide est perpétré en toute impunité. En Cisjordanie, l'Etat israélien colonialiste vole les terres et l'eau, expulse et spolie les Palestiniens dans le silence assourdissant des chancelleries. La guerre que mène l'état d'Israël utilise tous les moyens : bombardements, tirs, famine, emprisonnements arbitraires, torture, sévices sexuels. Chaque jour apporte son lot de morts, de blessés. 57 morts entre le 13 et le 20 juillet à Gaza. Et l'on risque de s'habituer, on risque de ne plus voir les humains derrière les chiffres. "Au Gaza aucun endroit n'est encore sûr pour les Palestiniens à Gaza". Alors que la situation humanitaire ne cesse de s'y dégrader, le porte- parole du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a dénoncé, le 21 juillet une récente intensification des attaques israéliennes faisant des dizaines de morts et de blessés dans l'enclave palestinienne. Sous mandat d'arrêt de la Cour Pénale Internationale, Benyamin Netanyahou a été autorisé par le gouvernement français à survoler l'hexagone. Le 1er ministre israélien se rendait à Washington pour rencontrer Donald Trump ce 28 juillet. Ce laisser-passer d'Emmanuel Macron bafoue ainsi la justice internationale alors que les colons se déchaînent en Cisjordanie. La France a reconnu l'Etat de Palestine ce qui devait lui créer une obligation de protection du peuple palestinien. Soulignons les actes forts pris par l'Espagne ou l'Irlande qui se distinguent en interdisant les ventes d'armes, l'importation des produits des colonies, qui exigent le respect du droit international. Ne nous habitions pas à la guerre ! Restons humains !Avec le Réseau et le Collectif Palestine de Dole, nous vous donnons rendez-vous le samedi 19 septembre pour une grande manifestation contre les guerres, pour une paix juste au Proche Orient. Comme le disait Jean Jaurès : "L'affirmation de la paix est le plus grand des combats"."
Agnès
Chalumeau de la LDH de Dole : de Marc Bloch à Jean Jaurès, la défense de la
vérité
Agnès Chalumeau de la Ligue des droits de l'Homme de Dole a choisi de rapprocher Jean Jaurès et Marc Bloch. Deux figures historiques, deux trajectoires différentes, mais un même attachement à la République, à la justice, à la liberté et à la vérité.
"Je vais vous parler aujourd’hui de Marc Bloch Pourquoi citer Marc Bloch devant le monument Jaurès ? par le hasard d’une concordance des dates ; Le Président de la République a annoncé la panthéonisation de Marc Bloch lors du 80e anniversaire de la libération de Strasbourg le 24 novembre 2024. Cette date, à un jour près aurait pu être celle du 110ème anniversaire de l’entrée de Jaurès au Panthéon, le 23 novembre 2014. L’héritage de ces deux personnalités historiques nous engage : Le journaliste député, l’historien résistant représentent cet idéal républicain du droit, de la liberté, de l’équité et de la justice ; une justice à même de faire face à la faillite des dirigeants, toute ressemblance avec les temps présents assumés. Leur héritage, c’est aussi deux moments de l’Histoire où s’est réalisé, de l’Union sacrée au Conseil de la Résistance, le rapprochement des forces de gauche et progressistes Marc Bloch entre au Panthéon sur la décision de notre président qui aime développer la rhétorique guerrière dès qu’une crise apparait ça ne mange pas de pain » aurait dit ma grand-mère ; à défaut de stratégies gouvernementales appropriées face à la pandémie, à la dette souveraine, à la crise agricole, aux incendies de l’été, une mise en récit guerrière lui permet au mieux de rappeler que c’est bien lui le chef (d’état) A l’occasion de cet événement républicain du 23 juin 2026 la LDH s’est exprimée par un communiqué dont je cite là les mots d’introduction : « Nombreuses sont les raisons pour que la Nation rende le plus grand des hommages à celui qui, par les armes et les lettres, a défendu un idéal de probité et de droiture face à la violence et la barbarie nazies. À l’heure du retour des périls en France, en Europe et dans le monde, l’exemple de Marc Bloch doit nous éclairer. » (Vous enlevez les armes, les nazis, les mots seraient les mêmes pour saluer la mémoire de Jaurès) J’ai déjà évoqué ici, lors d’un précédent rassemblement, l’intérêt de relire les propos sur la guerre du pacifiste Jean Jaurès Et c’est aussi là que Jaurès & Bloch se rejoignent, dans la constance de leurs prises de position, dans leurs écrits, dans leurs actes et dans leur mort, l’un assassiné à la veille de la 1ère guerre mondiale, l’autre fusillé par l’ennemi lors de la seconde Jaurès concevait les guerres défensives et leur nécessité quand tous les efforts en faveur de la paix auraient été épuisés. Et pour mieux les assumer, Jaurès s’appliqua à imaginer les conditions de la victoire dans ces « guerres justes ». (…) avec L’Armée nouvelle, Jaurès confère à son pacifisme un pouvoir supérieur, en ce qu’il prévoit de Prise de parole 31 Juillet 2026 LDH Dole faire la guerre pour sauver la paix. Les buts qu’il assigne à la guerre sont essentiels à la victoire : combattre, pour affronter la catastrophe – c’est le choix de M. Bloch, mais combattre pour la paix, au nom de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes et de la fin des oppressions » Jaurès, icône pacifiste et penseur de la guerre, Jérôme Duclert – Fondation Jaurès Aujourd’hui, qui a part Macron souhaite voir la jeunesse de ce pays reprendre les armes ? j’ai évoqué la mémoire de deux hommes qui ont vécu l’avènement d’une guerre imminente et présente d’invasion ; Aujourd’hui, l' ’’offensive irrésistible’’ que nous devons réussir, c’est (Je cite la fin du communiqué LDH) « (…) la lutte présente et à venir contre l’anti-intellectualisme et le racisme, premières marches dans la construction des discours et des politiques fascistes.
» Alors que d’aucuns veulent refuser la qualité de Français-e-s à certains de nos compatriotes, comme Vichy refusait de voir en Marc Bloch un Français ; que l’antisémitisme et le racisme prennent une ampleur nouvelle en France ; que la démocratie et l’État de droit se trouvent menacés ; que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes en Ukraine, en Palestine et ailleurs est nié par des régimes autoritaires et violents, ‘ …) Plus que des cérémonies, le plus sincère hommage rendu à Marc Bloch est de faire nôtre son épitaphe : « dilexit veritatem »[4]. - Il aimait la vérité’ (Et je terminerai avec Jean Jaurès ? – je reprends le discours du 30 juillet 1903, distribution des prix du lycée d’Albi) dont certains extraits sont gravés sur cette stèle, voulue par la municipalité de Marius Pieyre, maire, député, sénateur de 1907 à 1935 « L’humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, aujourd’hui, ce n’est pas de maintenir sur le monde la sombre nuée de la Guerre, nuée terrible, mais dormante, dont on peut toujours se flatter qu’elle éclatera sur d’autres. Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel (…) Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."
Daniel
Brémond: « Guerre à la guerre ! »
Daniel Brémond, pour la Libre-pensée, a inscrit son intervention dans une lecture historique de la Première Guerre mondiale et dans une réflexion sur les rapports entre les peuples, les gouvernements, les mouvements sociaux et les libertés publiques.
"Amis, compagnons, citoyens, camarades, je vous adresse le salut fraternel de la section de Dole de la Libre pensée. Le premier rassemblement autour de cette stèle, en mémoire de Jean Jaurès, s’est tenu en 2014 pour le 100ième anniversaire de sa mort, sur proposition de notre présidente Françoise Dubois. Aujourd’hui, alors qu’on ne peut plus douter que notre gouvernement, à la remorque de l’Union Européenne et sous l’œil des US, prépare la guerre contre la Russie, c’est précieux de se retrouver ainsi, dans l’unité, pour dire guerre à la guerre ! Aussi, merci à tous les présents !
Comme le dit Marc Bloch : « l'incompréhension du présent naît fatalement de l'ignorance du passé », comprendre le rôle de Jean Jaurès et la tuerie de la 1ère guerre mondiale qui a suivi son assassinat, aide à comprendre la situation actuelle. Et Henri Guillemin, qui a étudié l’histoire de la Commune de Paris, propose de distinguer l’histoire, telle qu’elle est, et celle qui nous est racontée : « Lecteur sois dûment averti. Tu ne trouveras pas, sous ma plume, de l’histoire mais du « Pamphlet ». Pamphlet est le nom que porte l’histoire dès qu’elle s’écarte des bienséances et des mensonges reçus. Je dis bien mensonges. Chateaubriand disait « impostures » et Simone Weil tenait à faire crédit à une certaine histoire officielle et de bonne compagnie, équivalait à croire sur parole des bandits et des assassins. » !
Une première question se pose : Pourquoi l’histoire officielle présente-t’elle l’armistice du 11 novembre 1918, qui n’était pas une capitulation, comme un triomphe de nos armées ? En masquant qu’il a été signé 2 jours après la fuite en train de Guillaume II, avec sa famille et ses richesses ? Une fuite qui a été provoquée par la révolte du peuple allemand, avec les spartakistes menés par Rosa Luxembourg, et Karl Liebknecht, les militants de l’Internationale avec lesquels Jean Jaurès tenait des meetings à Berlin en 1914 pour l’unité des peuples allemand et français contre la guerre ! Et pourquoi, dans ces circonstances, Foch et Weygand se sont-ils précipités pour signer cet armistice ? Pour tenter de l’expliquer il faut retourner, rapidement, au 19ème siècle.
Il a été marqué par une série de révoltes des peuples pour leur émancipation après 1789 : En 1830, "Les trois glorieuses", où les belges ont gagné d’être indépendants des Pays Bas, avec aussi des révoltes en Pologne et en Italie. A peine 18 ans plus tard, en 1848, ce sera ”le printemps des peuples”. En Autriche, le chancelier Metternich sera contraint de fuir et il y aura des soulèvements à Berlin, Francfort, Milan, Venise et Rome.
Ces révoltes seront suivies par la naissance en 1864 de l’Internationale socialiste proclamant l’unité des travailleurs et la socialisation des moyens de production ! Ces principes sont toujours valables de nos jours ! En 1870 en France, elle compte déjà 100 000 adhérents, et sa section parisienne affiche sur les murs ” frères d’Allemagne nos divisions n’amèneraient des deux côtés du Rhin, que le triomphe complet du despotisme » ! L’année plus tard, en 72 jours, la Commune de Paris jettera les bases, pour le monde entier, d’une société socialiste qui fonctionne. Henri Guillemin et d’autres historiens expliqueront que Bismarck a confié à Thiers d’écraser la commune, pour ne pas se salir les mains, ni risquer une fraternisation de ses troupes. En 1917, les bolchevique reprendront le flambeau et adopteront le chant révolutionnaire, l’Internationale d’Eugène Potier. En 1918, la situation est inversée car la révolte a éclaté en Allemagne. Foch et Weygand, en signant l’armistice, laisseront les mains libres à la réaction pour écraser les spartakistes alors que leur révolte a sauvé des milliers de vies ! L’histoire officielle est muette sur ce ”renvoi d’ascenseur” entre bourreaux des peuples ! Pour être précis, il faut aussi rappeler les troubles précédant la guerre, auxquels Jean Jaurès avait pris part, tels la révolte des vignerons de 1907 avec la rébellion des ”Braves soldats du 17ième, qui avaient refusé de tirer sur la foule ! Et qu’en 1918 les mutineries se multipliaient sur le front. Il était temps d’arrêter le massacre !
Cette histoire ”non officielle” fait comprendre que les gouvernements savaient oublier leurs concurrences quand les peuples menaçaient de les renverser. C’est ce qui explique le mépris qu’ils partageaient pour ”la chair à canon" et les fusillades pour l’exemple de 14-18. L’historien Jacques Bainville, membre actif de l’action française né en 1879, qui défendait dans son livre « La guerre démocratique » l'effacement de l'individu au profit d’un sacrifice collectif n’a-t-il pas dit : « De ces sacrifices, une race fortifiée va naitre ». La messe est dite ! Les victimes, c’était du bétail à sélectionner !
Et quelle leçon en tirer pour comprendre notre époque comme le propose Marc Bloch? Que ce sont les responsables politiques, industriels, financiers qui fomenteraient des ” bonnes guerres” pour garder le pouvoir et mater leurs peuples qui veulent la Paix ? Aujourd’hui, n’y a-t-il pas des juifs et des palestiniens qui veulent vivre ensemble, à égalité des droits, en Israël ? Comme certains l’ont exprimé lors des meetings contre la guerre à Paris le 5 octobre, puis le 20 juin à Londres. Ou encore Pierre Stamboul invité à Dole par nos camarades du Réseau pour une paix juste au Proche orient ? Les russes et ukrainiens ne sont-ils pas des peuples frères ? Ne sommes-nous pas soumis par les médias à un flot continu de propagande pour tenter de nous faire avaler que les guerres sont justes ? Comme dans le Figaro qui annonce que les iraniens demandent à être bombardés ! Alors camarades, à vous de juger !
En conclusion, parce que la Libre pensée est attachée à la défense des libertés publiques, nous dénonçons que le Président de la République, en plus des pouvoirs dictatoriaux que lui confère la Vème République, nous traite en ennemis, en tricotant patiemment, avec ses gouvernements, une cote de maille de lois répressives : La loi de 2021 « Confortant le respect des principes de la République » que notre fédération nationale combat fermement parce que nous jugeons que son texte affaiblit la grande loi de laïcité de 1905 et menace les libertés associatives.
La loi SURE officiellement adoptée il y a quelques jours, vivement critiquée par les professionnels de la justice et déjà en partie censurée par le Conseil constitutionnel ! La loi RIPOST avec la création de supers CRS dénoncée par la CGT et l'état d'alerte de sécurité nationale qui est un nouveau régime d'exception contenu dans l’actualisation de la loi de programmation militaire. Sans compter la tentative pour l’instant avortée de loi Yadan qui ressortira. Nous dénonçons la propagande guerrière en général et celle particulièrement destinée à militariser la jeunesse qui s’exerce jusque dans les écoles.
Enfin, nous réaffirmons que la Libre pensée est pour la sortie de la Vème République, de l’Union européenne et de l’OTAN, et pour l’unité contre la guerre. C’est pourquoi, à Dole, nous appelons à renforcer le Collectif Contre la Militarisation de la jeunesse et que nous vous proposons aussi de nous rejoindre. Contre les divisions et POUR LA REPUBLIQUE, UNE, INDIVISIBLE et LAÏQUE ! Je vous remercie."
Dominique
Longchamp : « Jaurès est tombé pour avoir voulu la paix »
Pour Dominique Longchamp, du Parti communiste français, l'hommage à Jaurès est indissociable des combats actuels contre la course aux armements, les nationalismes et la réduction des dépenses sociales au profit des dépenses militaires.
"Camarades, ami·e·s, Il y a plus d'un siècle, le 31 juillet 1914, une balle assassine abattait Jean Jaurès à la terrasse du Café du Croissant. Il fut tué la veille de la mobilisation générale, par un fanatique nationaliste, pour avoir osé, jusqu'au dernier jour, tenter d'empêcher l'engrenage qui allait précipiter l'Europe dans la boucherie de 14-18. Jaurès n'est pas mort par accident de l'Histoire : il est mort pour avoir dit non à la guerre, pour avoir cru, envers et contre tout, que la solidarité entre les peuples pouvait encore l'emporter sur la logique des tranchées et des canons. Nous nous retrouvons aujourd'hui devant sa mémoire non pour un rite figé, mais parce que ses mots résonnent avec une actualité brûlante. Le monde renoue avec le vocabulaire que Jaurès combattait : course aux armements, escalade des budgets militaires, rhétorique de la confrontation entre blocs, tambours de guerre que l'on croyait relégués à un autre siècle. D'un continent à l'autre, les peuples paient déjà le prix de ces tensions — dans leur chair, sur les champs de bataille, mais aussi dans leur quotidien, à travers l'inflation, l'austérité budgétaire justifiée par l'effort de guerre, le recul des dépenses sociales au profit des dépenses militaires. Jaurès nous a laissé une conviction : la paix n'est jamais un état naturel des choses, elle se construit, elle se défend, elle s'arrache parfois de haute lutte contre les intérêts qui profitent de la guerre. « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage », disait-il. Ce constat n'a rien perdu de sa force : ce sont toujours les mêmes qui arment, qui spéculent sur les tensions, qui s'enrichissent du malheur des peuples — et ce sont toujours les mêmes, les travailleurs, la jeunesse, les classes populaires, qui payent de leur vie ou de leurs conditions d'existence les guerres décidées par d'autres. C'est pourquoi, fidèles à cet héritage, nous portons aujourd'hui l'exigence de paix comme un combat politique à part entière : • Nous refusons la banalisation du discours belliciste et la course aux armements qui détournent des richesses immenses des besoins sociaux, sanitaires et écologiques. • Nous exigeons la voie de la négociation et du droit international plutôt que celle de l'escalade militaire. • Nous affirmons notre solidarité avec tous les peuples pris en étau par les logiques de bloc, et notre refus de voir la jeunesse sacrifiée sur l'autel d'intérêts qui ne sont pas les siens. • Nous portons, comme Jaurès, la conviction que l'internationalisme des travailleurs est le meilleur rempart contre les nationalismes qui mènent aux guerres. Commémorer Jaurès aujourd'hui, ce n'est pas se recueillir sur le passé : c'est reprendre le flambeau d'un combat toujours actuel.
Le Parti communiste français appelle, en cette date symbolique, à faire vivre partout — dans les entreprises, les quartiers, les syndicats, la jeunesse — l'exigence de paix, de désarmement et de coopération entre les peuples. Jaurès est tombé pour avoir voulu la paix. Faisons vivre son combat. Vive la paix, vive la solidarité internationale des peuples."
Jean-Pierre
Jacquemin : « Alors, s’il faut se battre, battons-nous pour la Paix »
Jean-Pierre Jacquemin a, lui, concentré son intervention sur la banalisation de la guerre et sur la militarisation de la jeunesse, notamment à travers la place accordée à l'armée dans l'éducation.
"Chers amis, chers camarades, Hommage à Jean Jaurès, qui traversa les rues de notre ville à deux reprises, encadré par un cortège de syndicalistes, suivi par une foule à laquelle il délivrera, à la Maison du Peuple, un discours pacifiste et progressiste, ces mots ayant, dans son esprit, un sens similaire, une inséparable nécessité. Hommage à Jean Jaurès, infatigable promoteur de la Paix, de cette paix qui s’écrit avec une majuscule. De cette Paix qui est une évidence dans le cœur des individus et des peuples ; de cette Paix qui devrait être dans tous les discours politiques, dans le texte des constitutions de tous les pays du monde, de cette Paix qui devrait être inévitable, un aboutissement naturel de l’évolution de l’Être Humain. La guerre nous est présentée, au contraire, comme faisant partie de la nature humaine, comme un passage obligatoire, dans lequel nous devons tous nous engager, à rythme régulier, bon gré mal gré, la fleur au fusil et le sourire aux lèvres. Soyez dignes de vos anciens qui se firent étriper en 1917, souvenez-vous, Monsieur Le Maire vous en a parlé devant le monument aux morts ! Puisque vous faites partie d’une Nation, devenez nationalistes ! Mères, faites des enfants pour l’armée, enrichissez notre pays de bonne et solide chair à canon ! Enfants, dès l’école primaire, honorez le drapeau, vénérez les soldats bien habillés sur papier glacé ! Apprenez, en lieu et place des maths ou de la grammaire, le langage, les gestes, les attitudes et les calculs de ces étonnants gradés qui envahissent vos salles de classe et prennent la place laissée vacante par vos maîtres inconscients ! Extasiez-vous devant les prouesses de nos armements qui tirent plus vite, plus loin, creusent des cratères plus profonds ! Venez les essayer gratuitement, vous êtes en classe découverte ! Après tout, c’est bien normal : c’est vous qui, au coup de sifflet ou lorsque sonnera la charge, irez, au choix, vous faire trouer la peau ou transpercer celle de gamins de votre âge tout aussi fanatisés que vous. L’armée s’installe en reine à l’école, mielleuse, bien habillée, autorisée par le rectorat, mais surtout par vos maîtres qui, autrefois, constituaient le cœur même des associations pacifistes. Vous pouvez même effectuer, durant vos vacances mais également dans le temps scolaire, des stages d’initiation, d’imprégnation… D’embrigadement ! A la sortie de l’école, l’armée est sur vos écrans de télévision, sur les chaînes internet desquelles personne ne songera à vous interdire l’accès ; seule la pornographie des corps vivants est interdite ; celle des morts au combat est glorifiée, autorisée, recommandée. Et malheur à celui qui ne comprend pas que cet « enseignement » est essentiel : il perdra, au mieux quelques points dans ses demandes sur parcours sup ; au pire, comme Jaurès, on le traitera d’agent de l’ennemi, classé S comme terroriste, suspect d’intelligence avec l’ennemi. En résumé, si vous êtes intelligent, vous êtes un ennemi. Et être un ennemi mérite la mort, pauvre Jaurès !
La guerre est partout, banalisée, présentée comme une certitude à laquelle nous devons nous préparer. Dans les bénéfices record des sociétés du CACA 40, les milliards s’empilent joyeusement en profitant des opportunités des « conflits » déjà en cours, en attendant de doubler ou décupler la mise lorsqu’il faudra usiner des armes toujours plus nombreuses et, bien plus tard, reconstruire tout ce qu’on bombarde allègrement.
Vous enseignera-t-on enfin un jour, enfants, que les guerres, civiles comme internationales, ne sont que les formes les plus brutales de la lutte des classes. Je cite Jaurès : « C’est de la division profonde des classes et des intérêts dans chaque pays que sortent les guerres entre nations. » A la suite de Jaurès, nous poursuivons la Paix alors que la guerre nous pourchasse, nous effraie, nous fait douter parfois de nos engagements. La rage des combats qui nous paraissait si lointaine, opposant des peuples mal connus, pour des motifs très éloignés de nos préoccupations, la rage des combats est à portée d’un voyage en train ou d’un vol régulier. A nouveau, la guerre décime des familles, brûle des villes et soudain les victimes nous ressemblent, sont habillés comme nous, leurs appartements éventrés sont meublés comme les nôtres, ils fuient dans des voitures fabriquées dans la même usine que la nôtre. Ils hurlent dans une langue différente mais nous comprenons parfaitement leurs cris de détresse, nous pourrions pousser les mêmes. Jaurès disait : « Nous voulons la paix, la paix à outrance, parce qu’elle travaille pour nous et contre la domination capitaliste et gouvernementale qu’il s’agit d’anéantir et qui ne peut prolonger sa misérable et néfaste existence que par la division et l’entr’égorgement des peuples. Nous voulons la paix, parce que l’ordre bourgeois est condamné à en mourir. » Alors, s’il faut se battre, battons-nous pour la Paix. Contre l’accaparement des richesses et des consciences. Contre le mépris dont nous accablent ceux qui ne doivent leur puissance qu’à nos renoncements. Être pacifiste en temps de paix est déjà chose difficile ; lorsque la guerre menace, c’est une gageure, un engagement, un risque sans doute, un combat, en tout cas, contre les intérêts d’un ennemi de l’intérieur bien plus sournois qu’un soldat d’un autre camp. Battons-nous, mais pour la Paix. Hommage à Jean Jaurès."
L'appel
international lu par Françoise Dubois
Enfin, Françoise Dubois, présidente de la Libre Pensée, a donné lecture de l'appel adopté à Londres le 19 juin 2026 lors d'une rencontre internationale contre la guerre. Le texte appelle notamment à s'opposer au réarmement, à la conscription et à la militarisation de l'éducation, tout en défendant le développement des services publics et la coopération internationale.
"Londres, 19 juin 2026. International meeting against war. NON À LA MILITARISATION ET À LA CONSCRIPTION DES MOYENS POUR LE BIEN-ÊTRE, PAS POUR LA GUERRE.
Depuis cette Conférence internationale contre la guerre, nous élevons nos voix unies : contre la guerre et le génocide, contre la menace nucléaire grandissante, et pour la paix. Nous sommes réunis pour tirer la sonnette d’alarme : pour arrêter la marche à la guerre, ainsi que le nationalisme et le racisme qu’elle engendre. Ensemble, nous disons NON au réarmement et à la conscription, et OUI à des systèmes de santé, d’éducation et des services publics correctement financés, à des emplois décents et des salaires plus élevés. Nous reconnaissons et condamnons la complicité des gouvernements qui ont facilité et continuent de permettre le génocide en Palestine, qui ont alimenté l’horrible bain de sang et fait obstacle à un cessez-le-feu en Ukraine, qui ont attaqué l’Iran souverain, le Liban et le Yémen, et qui continuent de mener des guerres et des interventions militaires à travers le monde. Des millions de personnes sont mortes ou blessées, les infrastructures sont détruites, des vies et des espoirs sont anéantis, afin de sauver le système capitaliste qui engendre la guerre et la barbarie. Nous n’acceptons pas la descente dans le chaos et la guerre, dont une grande part peut être imputée à l’impérialisme américain. Nous rejetons absolument l’intervention politique et militaire de Trump au Venezuela, ses menaces guerrières contre Cuba, et nous affirmons notre solidarité avec les peuples de tous les pays menacés par Trump et ses alliés.
Nous reconnaissons et condamnons également le rôle des gouvernements européens, en particulier ceux de Starmer, Macron et Merz, dans l’escalade de la marche à la guerre : nous rejetons leur préparation active à la guerre, qui se déploie sur tout le continent, l’augmentation constante des dépenses militaires de l’OTAN, et nous nous engageons à nous y opposer et à les faire reculer. Nous rejetons la dégénérescence de nos sociétés provoquée par le pillage des richesses publiques, arrachées à nos territoires et à nos services publics pour être versées dans les poches des fabricants d’armes. Nous ne sommes pas dupes du faux récit selon lequel les dépenses d’armement permettraient de régénérer nos industries et nos économies. Nous soutiendrons et encouragerons la mobilisation syndicale contre les dépenses militaires. Nous défendons de véritables investissements dans nos sociétés, afin de garantir une sécurité réelle aux travailleurs et à toute la population : pour nos systèmes de santé, pour des salaires et des conditions de travail décents, pour les transports, l’éducation et le logement. Nous n’accepterons ni la conscription militaire ni la militarisation de l’éducation : nous ne permettrons pas que nos fils et nos filles soient envoyés tuer et se faire tuer. Nous faisons face à des obstacles redoutables et à des défis sans précédent. Aujourd’hui, nous reconnaissons que la seule manière d’être efficace face aux forces puissantes qui se dressent contre nous est de nous organiser internationalement et d’agir de manière stratégique dans l’intérêt des peuples. La solidarité est cruciale, comme l’est tout autant la coordination internationale, avec le mouvement ouvrier, pour riposter aux gouvernements bellicistes et à l’augmentation des dépenses militaires. Nous travaillerons ensemble à l’élaboration d’un cadre permettant d’aller de l’avant. Construire ce mouvement est essentiel pour garantir un avenir à notre planète et à l’humanité. Tel est notre engagement aujourd’hui : organiser un mouvement irrésistible pour la paix, contre le projet impérialiste américain, et lutter pour la vie et les moyens d’existence de tous les travailleurs, pour un autre monde, meilleur. Nous appelons à participer à : • la journée du 10 octobre pour la Palestine, pour mettre fin à trois années de génocide et à des décennies d’occupation et d’apartheid ; • • à un week-end d’action contre la militarisation et la conscription, les 21 et 22 novembre ; la journée d’action des dockers contre la guerre, en octobre, dont la date reste à confirmer. Nous appelons également à promouvoir le logo de la conférence — de Paris et de Londres — afin de donner à nos actions une visibilité et un contenu internationaux, et de soutenir les réunions et initiatives s’appuyant sur cet appel."
Une mémoire toujours vivante
À Dole, le 31 juillet 2026, l'hommage à Jean Jaurès aura donc été bien davantage qu'une commémoration historique.
Devant sa stèle, les différentes prises de parole ont fait résonner son héritage avec les inquiétudes et les combats du présent. La paix, le refus de la militarisation, la solidarité entre les peuples, la défense des libertés, la lutte contre le racisme et la nécessité de préserver les services publics ont constitué les différents fils d'un même rassemblement.
Plus d'un siècle après l'assassinat de Jaurès, son nom continue ainsi d'être associé à une question qui demeure profondément actuelle : comment empêcher que la guerre soit présentée comme une fatalité ?
Les intervenants ont apporté leurs propres réponses. Mais tous ont revendiqué, à leur manière, la nécessité de maintenir vivante une parole qui refuse la résignation.
Car devant Jaurès, le 31 juillet 2026, le message était clair : la paix ne se commémore pas seulement. Elle se défend.
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